Nos Retrouvailles

 


 

 

Par jour de sesshin, une profonde envie de partir.
Intimement salvatrice, elle monte telle une vague
— ou un rire.

Par un ennuyeux après-midi d’automne, la légèreté du vent dans les feuilles appelle l’enfant à jouer au jardin. Facétieuse, la vague croît en mon sein.

Contrairement à l’usage en salle de méditation, je ne la laisse pas passer pour revenir au point d’observation, au loin sur le rivage.

Comment pourrais-je laisser passer ce qui appelle au travers de cette éruption joyeuse ? Les crépitements annonciateurs d’un grand bonheur ne relèvent justement pas de ce que l’on « laisse passer ».
Il s’agit au contraire de ce qu’on écoute avec la plus grande attention lorsque cela s’adresse à nous.
De certaines informations, notre vie peut dépendre. En ces instants, la présence n’est pas une option facultative.

Ce cri est urgent, et c’est un cri de joie.
Le cri de la vie qui pousse en moi et appelle.
Elle me dit qu’elle ne peut s’épanouir ici. Dans cette pièce, elle ne trouve pas les ingrédients nécessaires à son bonheur… Cette terre caillouteuse ne peut accueillir l’opulence dans sa simplicité.

Parcimonie, sècheresse, tristesse, austérité,
Aucune de ces gouttes amères ne saurait l’arroser.
Elle appelle et demande à aller jouer plus loin, pour y respirer mieux.


Je me remémore l’urgence avec laquelle, en sortant de mes entretiens professionnels dans ma vie de jeune adulte, il me fallait ôter cravate, chemise et veste de costume, comme si ma vie en dépendait.
J’étais alors bien ignorant pour ne pas réaliser que si une simulation de trente minutes m’était si pénible, j’avais peu à attendre de l’environnement au sein duquel je postulais pour ce qui attrait à l’épanouissement.

Ce que d’ailleurs l’avenir ne manqua pas de m’enseigner avec une fermeté au moins égale à mon obstination à ne pas comprendre.


Dans le dojo, par ce jour de pratique collective convenue, je me lève.
A la première occasion, dès que le premier scintillement du premier son de la plus petite des cloches parvient à mes tympans, je me lève.
Mu par l’urgence, comme on se met à courir lorsque le dernier virage du tunnel laisse apparaître la lumière du jour.
Déjà, je la sens, par mon allure vers la porte de sortie.
Je la sens qui me gratte au visage.
Je ramasse chaussures, écharpe, bonnet et manteau et je sors pour m’habiller dehors.
Ce n’est pas par décence, pour ne pas déranger mes coreligionnaires, mais par besoin de respirer dehors.
L’air, ce matin-là, l’arbre dansant sous le vent, les pierres au sol, le ciel ouvert, ouvert au loin…Tout me présente un large sourire.

Tout résonne et tout pulse de vie retrouvée.
La gaieté de mon pas embrasse la terre avec fougue.
Le père du fils prodigue, le jour de son retour, alors qu’il le saisit par les épaules et l’étreint de tout son cœur, ne devait pas l’embrasser différemment.

Par la foulée de mes semelles contre l’humus de novembre, suis-je le père ? Est-il le fils ?
Cela n’importe pas : nos retrouvailles

 

 

 

 

Franck Joseph

©FJ Mar 2019

Soutien et Participation 

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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