Comprendre et retenir : la leçon du Bouddha

En moi, une double frustration :
A : non seulement, la vie m’échappe, (je ne comprends rien /je veux comprendre)
B : il faut que la vie m’échappe (je vais mourir / je veux ne pas mourir)

A : La vie m’échappe. Je n’y comprends rien, ou pas grand-chose. A chaque fois que je parviens à bricoler des bribes de sens avec les évènements qu’elle déroule, elle se hâte déjà de me donner à voir l’absolue non-représentativité de cet extrait mis sous la cloche de ma raison. Cela ne se limite pas à ma vie. La vie des autres est aussi sujette à la même incompréhension.

B : Il est nécessaire que la vie m’échappe. Tonneau couché, percé aux deux extrémités, de la naissance vers la mort, la vie m’échappe. De moi, elle s’enfuit. Si encore elle me traversait, il lui suffirait de me ballotter de gauche à droite avec malice, puis de me laisser choir quand elle en aurait fini avec mon tas de chair.
Mais cela ne lui suffit visiblement pas. Il faut qu’elle me corrode, me pourrisse et me transperce, si bien que lorsqu’elle me délaisse, le tonneau n’est plus qu’un amoncellement de planches humides et éparses.

Et ce n’est pas parce qu’elle m’échappe (A), qu’elle m’échappe (B). Même aux sages qui ont pu la domestiquer, le temps de l’observation, elle finit toujours par échapper.

La seule approche qui demeure frappée de sagesse est alors celle du Bouddha qui, d’une pierre, assomme ces deux oiseaux. Il propose le non-attachement, ouvre d’un geste ces deux impasses qui font nos vies :
A : Je ne comprends pas
B : Je vais mourir

Pratique douce ou fulgurante, le non-attachement, questionne profondément celui qui tente d’avoir prise (de com-prendre, de re-tenir). Ainsi, voilà la plus simple des leçons : il n’y a rien que je puisse comprendre et surtout rien à retenir.

Finies les heures d’apprentissage stupide, passées à ânonner les formules des autres (religions, traditions) en prétendant les faire siennes.

Par le non- attachement, le Bouddha s’approche de notre banc d’écolier, nous prend doucement par la main alors que le maître-des-colles déroule sa leçon froide, il nous invite à nous lever.

Ensemble, nous partons sur les chemins de l’école buissonnière.
Il nous apprend à ne plus apprendre, afin que nous retenions cette ultime leçon :
« Ne retiens rien, car rien n’est tiens. »

Attachés à leurs bancs d’écoliers, les élèves et le professeur ne s’apercevront pas de notre absence. Nous sommes sortis de leur champ de vision, nous avons quitté leur sphère d’influence.

La Vie me sauve de ces geôles,
Par la clé du Bouddha,
La Vie m’échappe.

Franck Joseph

©FJ Mar 2019

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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