Taux de Superposition : Netflix, ma Vie

Les émissions télévisées, films et séries font le quotidien des hommes de l’ouest.
Elles représentent, pour eux, une part croissante de leurs discussions, mais également, et de manière inquiétante, de leur activité psychique. Cette pénétration intra-crânienne se produit à la fois au moment de consommation, mais surtout en dehors de ce moment.

Dans les situations de vie (interaction, consommation, rêveries…) où les matériaux médiatiques agissent tel un kit de projections que l’on voit en filigrane plus ou moins présent et avec lequel il convient de (se) « superposer » au maximum.

Pour accroître toujours, sans jamais l’atteindre – et c’est bien là le but – le taux de superposition entre ces deux éléments :

D’une part, les vies fantasmées par d’autres (scénaristes), pour d’autres gens qui font semblant de les vivre (acteurs), tout en fantasmant (producteurs) ce que des êtres de fantasmes (consommateurs) peuvent fantasmer. Le tout dans une visée pleinement mercantile.

D’autre part, du côté des simples téléspectateurs mortels, se trouve ce que la vie hors d’écrans nous donne à vivre.

Dans un contexte technophile azimuté, cet espace de vie hors écrans tend à se retreindre, la bulle fantasmagorique se referme alors sur nous en nous engloutissant.

A ces matériaux médiatiques, viennent s’ajouter les non moins fictifs schémas éducatifs, histoires familiales, les dynamiques de comparaison avec ceux que nous catégorisons, pour des raisons générationnelles, patrimoniales, socio culturelles, comme nos pairs.
Enfin, le débit des flux émotionnels qui irrigue l’ensemble de ces champs est souvent bien plus sauvage que celui induit par le « monde médiatico-culturel »

Alors, lorsque le désintérêt primaire pour les fantasmes que condensent les lumières bleues des écrans plats commence à poindre, puis se fait de plus en plus prégnant, jusqu’à rendre impossible tout visionnage de premier degré, il s’agit d’un signe d’avancement certain sur la Voie.

Les mécanismes précurseurs de l’identification cessent d’avoir prise sur l’individu béni par un tel désamour.
Voilà le signe qu’il a su contacter en lui les souffrance inhérents à ces engrenages. Il a pu établir le lien.
Les projections ont toujours lieu mais n’ont plus prise. Elles ont cessé de le faire courir.

Le constat premier est assez effrayant car il met en lumière la profondeur avec laquelle nos pieds sont pris dans cette boue régénératrice : à l’identification, pas de fin.
Dans un second temps, il est possible d’en sourire, tout en continuant de souffrir de l’imprégnation de ces phénomènes sur notre entourage et d’en constater les restes d’automatismes chez nous.
Enfin, arrive le temps de compassion, celui-ci ne peut apparaître que lorsque la quête de superposition a bel et bien pris fin.

Franck Joseph

©FJ May 2019

Poèmes, recueils, articles et romans disponibles en format papier : LIVRES ET RECUEILS

2 commentaires

  1. Bonjour Franck,

    Quel ne fut pas mon étonnement, à peine… de voir le titre de ton article que je pense re-bloguer si tu le permets sur Naissance et connaissance. Pourquoi étonnée ? Tout simplement parce qu’hier, avec des amis nous parlions exactement de cette problématique qui semble avoir un impact terrifiant sur les enfants. Nous évoquions les conséquences graves d’un point de vue cognitif et les répercussions non moins désastreuses d’un point de vue psychique. Pardon de le dire : nous vivons une époque confusionnelle incroyable et je pensais que quelque chose de terrifiant tel qu’un enfermement collectif est à se révéler. Les générations suivantes vont devoir faire un nettoyage incroyable pour s’en sortir…
    Merci pour cet écrit.

    Aimé par 2 personnes

    1. Bonjour Naïla,
      Je te fais une réponse courte car je n’ai que peu de temps…
      Merci à toi pour ce retour en écho,
      Bien sûr, toujours d’accord pour un ‘reblog’ de ta part.
      À bientôt,

      Aimé par 1 personne

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