L’Autruche et le Smartphone

La technologie du quotidien est souvent ce dans quoi on s’engouffrera pour pallier un handicap de communication.
Le téléphone portable ‘intelligent’ est la couverture avec laquelle on se couvre la tête au matin lorsque le soleil que les rideaux dévoilent est trop agressif pour les yeux.

L’enfant, en bouchant ses oreilles pense que la mère arrête de crier…
L’adulte en ayant recours au détour technologique croit sincèrement que son inaptitude à gérer la situation ou l’interaction dans laquelle il se trouve n’est ainsi visible de personne. Encore faut-il qu’il ait conscience d’une telle difficulté. Aussi, il s’en va se nicher dans la micro-sphère de contrôle à portée de doigt…

Au départ, une scène :
Le père tient ses deux fils à ses côtés. Alors qu’il les amène à contempler le ciel étoilé, qu’un soir clair de décembre laisse à voir, il se surprend à vouloir recourir à une application dont il a entendu parler permettant d’identifier le positionnement des étoiles et d’informer sur toute une constellation de détails techniques aussi foisonnants qu’inutiles.

Pendant qu’il download, update, rate, set up, collect et débrief…la magie de l’instant a depuis longtemps suffoqué sous cette masse de froideur métallique.

Les enfants étaient là et lui était le père, simplement. Mais quelque chose en lui le poussait à fuir. Et quoi de mieux que la prétension à informer, quel meilleur alibi que la technique pédagogique ?

Pascal déjà, notait que les espaces vides infinis sont source d’effroi. Lorsque les vides entre les mots y font écho et que seule y résonne la relation pure entre un père et ses fils, il y a vraiment de quoi être effrayé.
C’est pourtant bien là que se tient la vérité.

Les situations de l’autruche contemporaine qui, plutôt que d’enfoncer la tête dans le sable s’enfourne la visage dans l’écran d’un smartphone, se rencontrent lorsque le rapport à l’autre oblige à la présence et que la présence est délicate à observer…puis, l’habitude se tisse subrepticement au point que la seule relation que l’on ait, soit avec ces boîtiers de plastique.

Ce stade pourrait suffire à causer le désastre.
Pourtant, reste à considérer l’étape suivante : celle où la relation que l’on fuit est la relation à nous-même.
Les mêmes réactions s’enchaînent à la différence que nous sommes seuls.  Plutôt que d’apprécier, d’apprivoiser cet instant de présence à soi, nous tripotons, swipons ou scrollons.

La FOMO (Fear of Missing Out), la peur de manquer l’information de notre supposé réseau, alimente ces rapports compulsifs et justifie nos fuites du monde.
C’est bien nous-même que nous manquons.

Le mur facebook, le fil twitter s’actualisent. Nous, pas.
Le rendez-vous, unique et permanent avec notre intériorité, l’occasion de questionner notre rapport au monde, de transcender le discursif automatique, d’écouter, d’observer, d’accueillir les mille vérités qui s’actualisent en nous.
Voilà ce que nous manquons.

Franck Joseph


©FJ May 2019

Poèmes, recueils, articles et romans disponibles en format papier : LIVRES ET RECUEILS

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