Le Petit Train des Illusions

Le petit train des illusions est lancé. Une seule solution pour qu’il s’arrête : qu’il parvienne à court d’énergie, qu’après une période de décélération, suivie d’un temps d’épuisement des forces en mouvement, il ne trouve plus de matière à alimenter son avancée.
Le terrain peut aussi l’y aider. La probabilité qu’il finisse par stopper sa course folle augmente avec l’aplanissement du terrain. Les collines qu’il gravit, celles qui, successivement s’appellent les unes les autres en un entrainement sans fin apparente : ce sont les évènements rocambolesques que l’on rencontre dans la vie et desquels peut naître un sentiment d’addiction… Un syndrôme de parc d’attraction, le pass Dysneyland perçu comme le Saint Graal.
Cette logique maniaco dépressive des rails du tycoon frictionne les mécaniques du petit train des illusions et finit par élimer les roulements. Elle peut même conduire au démantèlement spontané des différents wagons, ou causer le déraillement pur et simple, envoyant la machine dévoyée au fond d’une vallée. Couchée sur le flanc, elle attendra la refonte par quelques chaudronnier obsessionnel.

En arpentant le terrain des événements, l’aiguilleur et le conducteur peuvent harmoniser leurs décisions et orienter le train vers les plaines de silence.
La seule force qu’il restera à apaiser est celle qui persiste à faire tourner les roues et fumer les cheminées : tant que le foyer des émotions brûle avec autant d’intensité, il ne peut se produire aucun découplage entre les roues de la machine et l’ardeur des ferrailles en mouvement. L’effet d’entrainement aspire l’ensemble vers le chaos illusoire.

Cette chaîne réactionnelle entre les émotions et la fuite en avant, vers la réaction suivante est le moteur de notre désarroi, l‘essence de notre errance. Il génère nos frustrations, notre souffrance.
Le combustible que l’on y enfourne à pleines pelletées est le charbon d’un mental laissé sans surveillance. Il pousse la machine au-delà de ses limites de bon usage et met en danger la vie du conducteur et des passagers.

Les flammes rouges qui fouettent les visages galvanisent l’équipage qui projette alors davantage de charbon dans le four de la centrale.
Seul celui qui a su observer les trains couchés dans le fond des vallées, fracassés contre les roches ou désarticulés en fin de voies ferrés pourra alors injecter ce qu’il faut de conscience entre le charbon du mental et le foyer des émotions. Il comprendra leur course folle de sommets en vallées et, à la faveur d’une plaine que le monde déroule, il posera la pelle au sol, s’assiéra devant le foyer.
Après les dernières giclées de flammes, il verra le feu s’apaiser. Pour la première fois, avec le ralentissement du train, il entendra les enfants jouer au dehors, les appels des oiseaux dans les arbres, Et les mille douceurs dont le vent fouettant ses oreilles à peine vitesse l’avait privé.

Lorsque le train des illusions roulera si lentement que les papillons de printemps pourront enfin l’accompagner, cet ancien forçat du fourneau descendra.
On le verra disparaître dans la brume du crépuscule et marcher les mains jointes au nombril.

Franck Joseph


©FJ May 2019

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