La Solitude sans Abandon

Il y a deux façons d’appréhender la solitude.

Le premier versant est de loin le plus répandu : c’est celui de l’immaturité.
De ce coté ci de la barrière, la solitude est l’objet de nos craintes. Tout ce qui est vécu comme pouvant déboucher sur l’expérience de solitude nous conduit aux comportements erratiques ou conflictuels.

A ce stade, l’objectif auquel nous nous attelons de manière compulsive est l’évitement de la solitude, ce qui nous pousse à privilégier un rapport de dépendance à l’autre.
A corps, à cœurs perdus, nous nous jetons sur l’autre. Il devient le réceptacle de toute notre nécessite maladive de complétude : notre moitié, notre âme sœur, notre partie, notre tout.
La stratégie-source est la fuite de la solitude.
Alors nous cultivons les dépendances, les addictions, envers les humains, envers les objets (consommation) ou les substances…
Ces dernières n’étant que des dérivatifs avec lesquels il est au final plus facile d’interagir qu’avec leur originaux à sang chaud.

L‘autre versant de la solitude est celui de la maturité.
Elle n’est plus le support de toutes nos terreurs.

Là, rien n’a vraiment changé. Nos faisons toujours l’expérience de la solitude. Après tel ou tel événement de notre quotidien, elle sait se rappeler à nous.
La différence est dans le regard que nous portons. La solitude a cessé d’être la pire des choses qui puisse nous arriver. Nous avons ici cessé de craindre l’abandon.

Dans le pendant immature, nous craignions plus que tout d’être seul et abandonné.

De ce côté de la barrière, nous savons qu’être seul n’est pas forcément être abandonné.
De la même manière qu’il en va avec la douleur et la souffrance, le sentiment d’abandon est une appréciation personnelle, une construction élaborée sur la solitude.
Nous savons être seuls sans pour autant interpréter cela comme un abandon.

Au détour d’une dispute que je n’ai pas pu empêcher, et de laquelle j’ai été peu habile à m’extraire… je sais me constater seul.

Je suis seul.

Cette fois ci, pourtant, je n’ai pas de la solitude une lecture d’abandon. Ici, je sais vivre la solitude pour ce qu’elle est
Il est même possible que je la goûte et l’apprécie.
Je découvre alors que la  solitude vécue est le socle qui me permet d’accueillir l’autre et de lui présenter un flanc mature contre lequel il ne rebondira pas en réaction(s).


La solitude sans l’abandon est absorbante. Elle permet la largeur de bras qui s’ouvre depuis les pieds ancrés calmement dans le sol.

Connaissons notre solitude de plus en plus, de mieux en mieux.
Peut-être est-ce cela la véritable retraite.

Par cette maturité révélée, les danses macabres des conflits cessent de s’alimenter.
Par notre maturité, nous enseignons par reflet à l’autre que sa solitude peut se vivre sans l’abandon qu’il croit inséparable de celle-ci.

Franck Joseph

©FJ August 2019

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s