De Cœur à Cœur, le Vrai se dit

En nous, et autour de nous, tout est récit :

D’un point de vue psychique, le premier enseignement d’une pratique méditative est que notre fonctionnement habituel consiste en l’écriture permanente et spontanée de récits, de scénarios…écriture et réécriture d’histoires dont nous sommes le héros ( ou l’anti-héros, du moins, le centre… ).

-Idem dans l’esprit des autres les exemples abondent :

-Réseaux sociaux : en permanence nous écrivons l’histoire du moi fantasmé qui communique avec le moi fantasmé des autres (il s’agit bien évidemment d’un processus similaire à celui d’un réseau social non digital (celui des vrais gens sur la place du marché), seulement dans son pendant digital, de par les fausses protections qu’il semble ériger (pseudos, codes propres au genres, vernis hystérique, diktat du smiley-chaton-comique-légèreté) les effets, mêmes s’ils demeurent identiques y sont néanmoins décuplés.

-Monde de la publicité et de la communication 
Tout est récit et tout est stratégie. Le récit est aussi la stratégie.
Derrière chaque récit qui se déroule, il y a une stratégie plus ou moins léchée qui poursuit un but plus ou moins directement avouable.
Il peut s’agir d’un but pédagogique. C’est le cas du professeur qui agence ses éléments de cours de tel manière à ce qu’ils débouchent sur une appropriation fluide et pérenne par son auditoire.

Les stratégies qui sous-tendent les récits sont aussi souvent mercantiles. C’est un produit commercial (ou politique), ou une opinion que l’on nous vend.
Il conviendrait d’ailleurs davantage de parler de produit politique plutôt que d’homme politique.
Tout en étant une erreur grossière de communication, on y gagnerait en transparence.
Constatons que sur un axe normé, transparence et communication sont souvent deux directions opposées.

Un détour par l’expression fameuse de Boileau vient ici appuyer le propos :
« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. »
En clair, dès lors qu’un locuteur commence à entonner le non moins fameux, « j’ai bien compris, mais je n’arrive pas à le dire », c’est que la compréhension reste, au mieux, partielle.

Parallèlement, nous pourrions oser la phrase suivante : Le fond de la pensée, s’il se raconte, se communique sans ingénierie, de cœur à cœur, le vrai se dit.

La démarche de communication s’élabore toujours en surcouche, avec une volonté de réorientation de ce qui se comprend, ou pourrait se comprendre, en ce qui doit se comprendre.

La part des choses

C’est à cette écriture de récit propre à nos mécanismes psychiques par défaut, que vient s’ajouter l’épaisseur formelle de communication.
Le récit peut être vertueux (pédagogique) ou esthétique (poétique), la communication est néanmoins stratégique.
Après avoir identifié ce qui doit se comprendre, nous pouvons nous interroger sur la finalité : pourquoi ce qui doit se comprendre doit-il donc se comprendre ?

Quelle est la part de manipulation derrière la démarche de communication d’un récit ?

 

Franck Joseph

©FJ August 2019

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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