L’Agneau des Possibles

Au creux de l’abdomen, la boule dit non.
Elle entame son travail de serrement
et grossit alors que la contrainte gagne en densité.
On pourrait presque la cracher
Puis la toucher, la tenir entre nos doigts
sentir le plomb noué d’obscur.

Mais elle reste bien là,
Cette lourde bille semble posée sur le diaphragme,
idéalement placée pour le brider.



Elle apparaît dès que la grande tour de liberté a été profanée,
piétinée par les nécessités et les contraintes des usages.
De là, depuis notre point d’observation, une seule urgence :
faire disparaître cette oppression.

Bien qu’une multitude de moyens s’offrent pour y procéder,
il n’en est qu’un qui garantisse une efficacité radicale :

Le désengagement sauvage.

Sortir, n’importe comment, mais sortir.
Il s’agit ici d’une myopie réflexe.

Sur l’autel de notre salut psychique immédiat,
nous sacrifions parfois l’agneau des possibles.

La vraie amputation de liberté apparaît moins avec les paroles à l’initiative de notre réaction de défense (qui reste de l’ordre de la pure spéculation) qu’elle n’émerge dans la sphère du réel du fait des stratégies que nous mettons en place pour la résorber.
Comme ces nœuds qui se resserrent à force de tenter de les dénouer.

En cherchant compulsivement à faire disparaître cette oppression, nous sacrifions les déroulements potentiellement favorables et encourageons un statut quo mortifère.

Un trop grand gabarit pour la liberté nous opprime.
Peut-être confondons-nous liberté et immobilisme ?

Ici encore, ces processus relèvent d’une absence de  foi et d’une croyance en la supériorité de l’inconfort que l’on connaît sur le possible que l’on ignore.

Ce possible, en notre esprit, penche naturellement vers le pire.
Au cœur de ces mécanismes se trouve souvent une vision de nous mêmes comme inaptes à agréger des déroulements positifs.
Dans un réflexe de survie à court terme et par cet avènement d’une fiction néfaste, nous assurons la continuité de l’expérience actuelle, aussi désagréable soit-elle.

Il est envisageable que l’interruption de celle-ci par les évènements que la vie amène soit perçue comme une menace à notre existence même.

Il ne s’agit pourtant de rien d’autre que d’une fiction.
De cette crispation va naître le ralentissement, puis la non circulation de la vie, puisque, intrinsèquement, celle ci est adaptation et mouvement.

Nous manifestons alors ce que nous craignions et contre quoi nous pensions nous organiser.

Franck Joseph

©FJ Sept2019
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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