La Vérité du Sol.

Lits douillets
canapés,
matelas mousse
mémoire de formes…
coussins de chaises

Et confort de l’assise.


Il y  a  quelque chose de l’ordre du mensonge dans cette société de l’amortisseur. Du cajoler malsain qui pousse l’être à se vautrer le temps de…
Manger, dormir, conduire, consommer…

Par cette recherche de l’artificiel du rembourrage dont l’homme prend l’habitude — car il ne s’agit de rien d’autre que d’une histoire d’habitude, plus que d’une recherche forcenée du confort — c’est le mouvement même qui est absorbé.

Engloutis sous les tonnes de mousse qui ont reçu nos séants depuis la naissance, nous apprenons l’inertie.
Or la vie, par essence, est mouvement, mise en mouvement. En inhibant celui ci, nous enfermons celle-là.
Son champ d’expression est réduit à l’oscillation entre le doudou et le moelleux. Les muscles ainsi prélassés se fainéantisent. Conséquemment, les courbes se déforment.
S’agit-il d’une dérive innocente et malheureuse ?

Là n’est pas la question. Dans ces lignes où il convient davantage d’envisager l’implication d’un comportement lénifié et passif, le détour par l’enfance, peut-être, peut offrir une fenêtre d’interprétation de ces implications.

Le nourrisson, le jeune enfant, bien calé dans son transat est bien plus à même d’enfourner la cuillère qu’on lui tend. Aussi, c’est de lui même qu’il quitte les parcs des nounous, les coussins et peluches pour confronter ses genoux encore fragiles aux vérités du sol, lorsqu’il part pour découvrir le monde.

Adolescent et au delà, il y reviendra et se blottira alors dans les coussins de son sofa, Ce qui est bien plus commode pour enfourner les contenus de la boîte à lumière, pleine de paillettes, de rires et de cris.

Puis il se lovera contre les parties charnues de ses moitiés, dans les velours des chemises professionnelles, dans les cuirs souples des automobiles.

Par chance, par peur, par esprit de découverte ou par la grâce d’un l’alignement, ce n’est qu’en s’extrayant de ces habitudes normalisées que nous pouvons également retrouver la vérité du sol.



Assis ou allongé par terre, à peine une natte me sépare de l’humus ou du bois de parquet. Je peux interroger le poids de mon corps et sentir le sol me répondre.

Non Confiné dans la mollesse, je me retourne au gré des demandes de ce corps. Ma respiration s’amplifie, et lorsque je me lève, pour arpenter le monde, je peux tâter au cœur un enseignement de vérité directe que le détour par les mots peine à saisir.

A mesure que nous partageons nos nuits, le sol et moi apprenons à nous découvrir et tissons notre propre histoire.
Mutuellement, nous attestons de l’existence de  l’autre, et nous nous prenons à témoin.

 

Franck Joseph

©FJ Septembre 2019

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s