Dialogue à Fleur de Vie

Le plus dur, lui confia-t-il, est quand il m’arrive, généralement par surprise et par effet miroir du spectacle qu’elle me donne à voir suite au détour par l’autre, de me remplir à nouveau de ma fougue jeunesse.

Je la sens jaillir en moi si tangible qu’il me semble n’avoir qu’à me lever pour enfourcher cet élan et revenir vingt années en arrière. Et puis tout aussi tangible, mon cœur que je sens battre dans les vaisseaux de mon cerveau et qui me colle à ce muret aujourd’hui ..

-Si tu la sens, c’est bien qu’elle n’est pas morte.

-Je la préférerais morte. Morte ou non accompagnée ainsi de ce qu’elle précède, non suivie de ce qui la suit ; ce bras mort de vieillesse toujours plus raide, toujours plus froid, sans promesse autre que celle de la nécrose grandissante.

Depuis le muret sur lequel ils se tenaient, d’où les collines se déroulaient, elle redressa la tête et son corps allongé, puis s’assit à califourchon sur la plateforme de pierres.
En laissant quelque peu ses jambes se balancer, elle lui dit :

-Tu sais, j’occupe aussi cet âge intermédiaire, et les douleurs que tu dépeins, les élans que tu croises, je les connais tout comme toi, mais la vie qui me passe entre les mains, et sur laquelle — comme toi– je me pose, je ne la quitte pas pour en souffrir.
Toi, tu tombes à chaque fois, tu tombes d’un côté, puis de l’autre tu te laisses à nouveau tomber. Dis moi, à quel point tiens-tu à la vie ?

Franck Joseph

©FJ March 2020

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