Chant du Burn-out (Psaume pour les Temps Modernes)

Je suis épuisé
Il n’est plus nulle part où je puisse puiser,
Les choses à faire ont pris possession de moi
Du matin au soir, et surtout du soir au matin
Elles me hurlent aux oreilles
Dans mes veines, elles injectent le produit.
Celui qui pousse à la poussée.
La poussée d’énergie psychique
Qui écarquille les yeux et les doigts en saisie.

La poussée qui compresse deux créneaux travaillés en un seul
Et opprime la paresse interstitielle
Jusqu’à l’étouffement.
Une poussée qui jamais ne retombe.
Qui, surtout, ne doit jamais retomber.
Une injection qui me maintient
La tête hors de l’eau
La tête hors de moi
Qui m’éxtirpe hors sol
Qui m’expie hors soi

Addiction morbide
Fabricant, vendeur, acheteur, junkie, soignant
Tout le cycle de la poudre à moi tout seul.

Qui pour me débrancher
Avant la surchauffe ultime ?
Il est aussi nécessaire de m’extraire
Des chaînes de productions qu’il m’en est impossible
Car l’usine, les employés, les fournisseurs,
Toute la filière s’effondrerait.

Dans la folle chevauchée
Du faire, je me suis laissé embarquer et n’ose plus
Sauter de la monture de peur
Surtout pour aller nulle part,
Je reste là d’où nul ne part.

Peur de n’avoir à poser rien de plus dans la colonne
Comptable et de rompre l’équilibre lugubre.
Dans la colonne du passif
Le vieillissement inexorable
Il soustrait tout, une ride après l’autre
Un sourire, une main, le vieillissement n’épargne rien.

Dans la colonne de l’actif, je met le suractif
Même et je compense, en pure perte,
J’ajoute tout ce qui me passe par la tête,
Les objectifs, le projets, les formations, les relations
A chaque perspective que la colonne d’en face vient obturer
Je force un perspective nouvelle à défaut,
J’alimente le foyer de fantasmes et des projections.

Si je m’arrête et je m’assois, je vois bien
Que le bilan ne s’équilibre pas
Le combat, je le perds,
Que je le mène ou que je ne le mène pas
Tant que je gaines et bande les muscles,
Je ne peux entendre ce que le passif me dit
Sur la douceur, la tendresse, sur la fragilité.

Mes quelques dizaines d’années de forces qui me restent
A quoi vais-je les employer
Si dans ma ferveur compensatoire
Je les ai toutes brûlées d’une rage indicible ?

Penché en avant par l’élan projeté
Je saute de pierre en pierre
Et ne vois pas la fleur, l’oiseau, l’enfant.

Franck Joseph
©FJ May 2020 All rights reserved.
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS
Soutien et Participation

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