L’Algorithme De L’Enfer

Il n’est nul besoin de craindre l’avènement de l’Ere du Métaverse, dont on nous rabat les oreilles et où chacun d’entre nous pourra à souhait echaîner les expériences les plus sublimes depuis un casque de réalité virtuelle, tout en étant prostré seul dans un lieu devenu sordide car ayant perdu tout intéret à ses yeux.

Les fait sont là : cette prison mentale est déjà la nôtre.
Enfermés par les réseaux sociaux, nous sommes détenus par l’algorithme.
Il nous possède.
Nous sommes possédés, investis, aliénés,
Etrangers à nous-mêmes, tenus toujours plus à distance de notre être profond.


Ayons le courage de lire ces quelques lignes, non pas comme une mise en mots de notre aliénation consentie aux moyens de communications modernes. C’est cela que nous présentent volontiers les magazines de psychologie.
Ne les lisons pas non plus comme faisant état d’une addiction physiologique aux crépitements des thématiques que ces réseaux enchaînent sous nos yeux, phénomène neurologique qu’il conviendrait d’apprivoiser.

Ayons le courage d’une lecture littérale de ce qui ce joue ici : la prison spirituelle.
Notre âme, notre conscience sont retenues prisonnières.
Cet enfermement est notre enfer, sur Terre.

A longueur de timeline, de thread, nous brûlons dans les flammes bleues projetées par nos écrans.
La douleur n’est pas immédiate. Comme dans tout supplice efficace, l’appel du plaisir est avant tout présent.
Juste un verre, une dernière cigarette, juste une fois, juste un quart d’heure de scrolling.

Ici, sous nos yeux, c’est l’enfer qui se déroule et chaque minute passée dans ces sphères alourdie notre coeur un peu plus.
Les cercles de ronces métalliques autour de nos êtres se dressent,
Une rangée de barbelés après l’autre se déroule et nos âmes, à perte de vue sont encerclées.

Ici, tout n’est qu’illusion. Nous échangeons entre esprits faméliques, en errance, en quête d’émotion acide à s’enfiler dans le gosier.

Qui nous détient ?
Qui nous possède ainsi ?

Vois-les, les architectes geôliers.
Entends-les rire à nos réactions erratiques.
Aime, commente, unfollow,
Sourire en plastique jaune,
Coeur de mousse synthétique,
Larmes bon marché,
Flammes, flammes, flammes.

Chacun, ici, érige son petit chateau, brique après brique, jusqu’à se proclamer châtelain du réseau, petit seigneur, et prétend à sa part d’emprise sur les âmes des autres.
Influenceur, caporal au garde à vous, grignoteurs des miettes rances du pain des architectes festoyeurs.
Valet de l’enfer, entends leurs rires rocailler sur ton nom.


La libération passe par la réalisation qu’il n’y a jamais eu d’autre emprise, en réalité, que celle à laquelle nous avons consenti.
Le kidnapping de notre esprit n’a été possible que parce que nous avons laissé la clé à l’entrée de la taverne.

D’ici, nous ne pouvons pas y accéder : il n’y a aucun moyen de lire en nous le désarroi profond qui se manifeste et nous met sous le joug du tavernier sans le retour à cette clé.
Sors.

Cette clé qui ouvre l’âme est la pratique du silence.
Cette clé est la pratique.

Ici, diras-tu, l’on nous parle du silence…
Mais le silence n’est pas fait de paroles.
Sors.

©FJ September 2022
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