Statues

Je ne pense pas que les disciples du Bouddha, lorsque leur maître n’était pas présent, plaçaient un statuette au milieu de la pièce à son effigie.
Si tel avait été le cas, lorsque celui-ci les aurait retrouvés, il aurait sans nul doute souligné l’inutilité d’une telle habitude.
Ils ne le faisaient tout simplement pas car ils n’en ressentaient pas le besoin.
La chaleur de l’Eveillé irradiait encore, lorsqu’ils se retrouvaient ensemble.
Le besoin commença à émerger lorsque l’Eveillé s’éloigna.
Lorsque l’éveil s’éloigna.

Dans l’espace que les générations de récits se mirent à accumuler entre les disciples et la chaleur de l’éveillé, la statue est une photo de l’être.
Une photo de l’âtre : elle rappelle, elle évoque le feu mais ne réchauffe pas.
Elle est néanmoins pertinente lorsqu’il s’agit de raconter le feu à quelqu’un qui ne l’a jamais vu.
Dès lors que l’apprenti à rencontrer un foyer crépitant, l’image perd de son attrait.
Il s’agit d’un vecteur pédagogique qui condense un pouvoir symbolique (sens étymologique).

L’erreur se glisse doucement lorsque l’on attribue à l’objet de rappel la propriété de l’objet du rappel.
Aussi, il est possible au disciple d’être lui même la statue…et le bouddha.

Ce qui équivaut à se passer de statue, non pas dans un geste de rejet mais puisqu’elle perd son pouvoir symbolique dès lors qu’elle est unie à nouveau en lui.
La droite (statue-bouddha)s’est retracée entre les points statue ; Bouddha.

Alors le Bouddha même disparaît emportant avec lui la statue et le disciple.
Il est toujours sain dans une pratique spirituelle de questionner notre rapport au support de rituel
Ainsi, dans quelle mesure celui-ci témoigne en réalité non pas de la ferveur de ma pratique mais de mon éloignement, de la source authentique de cette pratique ?
Comment percer les couches d’habitude et de récits qui se sont accumulés entre l’éveillé et le disciple ?

©FJ May 2024
Recueils / Participation/
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