Garantir la soumission, l’air de rien

Un nouveau type de protocole, de ‘process’ comme on dit, tend à se répandre dans les organisations et à se décliner de manière tristement non créative et assez peu subtile…

Ce protocole consiste à produire un récit d’une difficulté rencontrée pour y apposer une solution…(au niveau d’un enseignant, d’une école, d’un service en entreprise, d’un avancement de projet,…)
Encourager le retour analytique sur les modes opératoires et actions déroulées est certes louable, mais le vice apparaît dès lorsqu’il y a injonction à fournir un récit. L’individu ou l’organisation se retrouve alors contrainte à émuler un contenu. Celui ci sera, au mieux, disproportionné par rapport à l’impact qu’il a eu dans le réel (on en rajoute pour dire quelque chose) ou, au pire, totalement factice.


Peut-on envisager un parallèle féroce avec ce que la pratique de la confession d’antan peut avoir de plus malsain ?
Forcer le ‘confessant’ à relater un péché (aussi mineur ou artificiel soit-il …) simplement pour mettre en face une pénitence réparatrice. L’enjeu (si l’on s’en tient au niveau psychologique humain, bien sûr) est d’asseoir une autorité, de programmer une déférence envers l’institution et ceux qui la représentent.

Il en va de même dans ces nouveaux protocoles de flagellation à la sauce bienveillance : une auto-programmation en vue de maintenir la légitimité de l’œil extérieur dans sa tâche de garant de notre propre légitimité à faire ce que l’on a toujours fait.

Un peu comme on se signe une autorisation de sortie à soi-même …

Franck,
Sept 2026

Envoyé à partir d’Outlook

6 commentaires

  1. En nos temps en mal de spiritualité, tous les dérapage sont autorisés.
    Tiens donnons un exemple réel

    Le réel factuel :
    Il y a eu une coupure de courant, tous les casiers des salariés ont était bloqué. On a appeler le fournisseur qui nous a fournis la clef pour réinitialiser l’ensemble des casiers de l’étage.

    Le narratif :
    Au cours d’une journée d’exploitation habituelle, une coupure de courant imprévue est survenue au sein du bâtiment, impactant plusieurs équipements techniques essentiels au bon fonctionnement des services. Bien que l’alimentation électrique ait été rapidement rétablie, un effet secondaire inattendu est apparu : l’ensemble des casiers sécurisés de l’étage est resté verrouillé et inaccessible.
    Cette situation a immédiatement généré une gêne opérationnelle pour les collaborateurs. De nombreux salariés se sont retrouvés dans l’impossibilité d’accéder à leurs effets personnels, à leur matériel informatique ou à certains documents nécessaires à leurs activités quotidiennes. L’incident présentait donc un risque de perturbation de la productivité ainsi qu’un impact direct sur l’expérience utilisateur au sein du site.
    Face à cette situation, une cellule de coordination a été mise en place afin d’identifier rapidement l’origine du dysfonctionnement et de limiter les conséquences pour les occupants. Les premières analyses ont montré que le système de gestion des casiers n’avait pas correctement redémarré après la coupure électrique, entraînant un verrouillage global des compartiments concernés.
    Compte tenu du caractère spécifique de l’équipement, le fournisseur a été contacté en urgence afin d’obtenir une assistance technique adaptée. Après diagnostic, celui-ci a transmis une clé de réinitialisation permettant de restaurer les paramètres de fonctionnement du système.
    L’opération de réinitialisation a été menée avec succès par les équipes techniques, permettant le déblocage progressif puis complet de l’ensemble des casiers de l’étage. Les utilisateurs ont ainsi retrouvé l’accès à leurs espaces de rangement sans qu’aucune intervention physique individuelle sur les casiers ne soit nécessaire.
    Cet événement a mis en évidence l’importance de disposer de procédures de reprise d’activité clairement définies pour les équipements connectés et dépendants de l’alimentation électrique. À la suite de cet incident, un retour d’expérience a été engagé afin d’étudier les mesures préventives pouvant renforcer la résilience du système, notamment en cas de futures interruptions d’alimentation.
    Résultat : retour à la normale le jour même, restauration complète du service et amélioration des procédures d’escalade technique avec le fournisseur.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Stephen pour cet exemple concret… C’est tellement ça.
      Auto satisfecit, tout à la gloire du dieu-organisation, fluidité des process et culte morbide de l’hyper efficience.
      En arrière goût, un sentiment de déférence induit par l’extérieur, le mimétisme des comportements lissés pour garantir l’inclusion.

      Super intéressant… Et c’est toujours cet aspect concret que je suis incapable de fournir..
      Maintenant… Je me demande bien dans quel secteur tu peux bien travailler…
      (Si tu veux répondre en privé : ndraw@protonmail.com)
      Si c’est ultra secret, laisse moi imaginer un truc à l’americaine, façon Men in black)

      Aimé par 1 personne

      1. C’est à l’époque où les normes états-uniennes et les normes ISO sont devenues la référence internationale. Les entreprises multinationales, ainsi que leurs fournisseurs, devaient obtenir les certifications correspondantes. Les normes européennes et françaises perdaient progressivement de leur influence face à cette harmonisation mondiale.

        Dans le même temps, les pratiques managériales évoluaient : le tutoiement se généralisait dans les entreprises, les salariés devenaient des « collaborateurs » plutôt que des « employés ou ouvriers vendant leur force de travail » car n’étant pas propriétaire de l’outil de production.

        Cette transformation a souvent été vécue comme brutale. Avec l’arrivée des méthodes de management inspirées des États-Unis, une véritable guerre culturelle, discrète mais violente, s’est jouée dans le monde du travail. Et ce sont finalement ces comportement qui ont gagnés.

        Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire