Séries Américaines, Industrie de l’Entretien

……ou comment méditer quand Jack Bauer passe son temps à tout faire exploser ?

Sur l’écran de mes yeux clos défile un film passionnant et sans aucun intérêt.
J’y suis acteur principal et rôle secondaire, héros et figurant.
J’en suis le réalisateur, le scénariste, le responsable des effets spéciaux et du montage et de la bande son.
Je suis enfin le seul spectateur.

Cette dernière position est la seule qui permette l’interruption de la diffusion frénétique, car tous sont trop occupés: ils travaillent pour l’homme cramponné au bord de son fauteuil crânien. C’est l’unique commanditaire, le seul qui puisse mettre fin au film.

Pris dans le rythme effroyable des séries américanisantes il faut souvent déployer des vertus surhumaines pour saisir la télécommande et appuyer sur OFF.
Il est beaucoup plus efficace d’y aller par étapes : premièrement, baisser le son. Ensuite détourner le regard, pour après éteindre la boîte en plastique. Enfin, savourer la pollution qui s’enfuie vers d’autres foyers.

Le film de mon self drive-in est passionnant, haletant, plein d’un suspens très personnel, mais l’intérêt du spectateur est ailleurs—trouver les repos du guerrier, le sommeil du juste. Les guerres et l’injustice occupent déjà la quasi-totalité de son quotidien sous une forme plus ou moins édulcorée (moderne).

Mais le rythme du scénario est soutenu et les rebondissements savamment, et instantanément calculés. Industrie bien huilée.

Aussi faut-il impérativement, s’il veut poursuivre son intérêt, que le spectateur s’enfuie de manière furtive—quitte à feindre une dérobade aux toilettes, sous une identité masquée.

Ne surtout pas déranger les protagonistes sur et derrière l’écran, de peur qu’ils ne redoublent de trésors d’artifices pour l’ancrer plus profondément à mon siège.
Il faut opérer subtilement, comme lorsqu’on détourner le regard de la télévision pendant la publicité. Savoir que celle-ci continue à se diffuser lorsque nous ne nous y attachons plus. Viser par la conscience délibérément à coté de la plage publicitaire pour mieux entendre l’augmentation des décibels et ne plus en être victime. « Ils ont failli m’avoir ».

Lentement, laisser naître le désintérêt pour les séquences qui tournent en boucles folles jusqu’à ce qu’elles tournent fou, seules avec elles-mêmes, mais sans personne pour les regarder.

Pour « faire le malin », il faut un public, réel ou pas. De la solitude peut jaillir l’authenticité.

Le recul laisse la place au relief. Et le relief à la perspective. Puis la perspective aux effets grossiers, aux points de fuites trompeurs.

Les acteurs désormais de plus en plus seuls et inutiles, mal dirigés par un metteur en scène totalement erratique, qui finira par s’asseoir dans un coin, de désespoir. Les figurants, comprenant que personne ne les paiera et qu’il n’y a aucun succès à attendre de cette production très artisanale, finiront par partir d’eux-mêmes. Il n’y aura alors plus de scène à éclairer, plus de musique à diffuser… car plus de spectateur à entretenir.

Franck

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s