Conte de Noël, les Trois (i)Mages de la Colère

Se mettre en colère.
Comme un revêtement, un déguisement.
Comme on se met en Père Noël: Seul le destinataire de cette mascarade y croit vraiment.
Normalement…

Se mettre  en colère: c’est nommer la réalité d’incarcération d’un sentiment aliénant, par son idéal libérateur. C’est nommer la prison « loge de Salut », la maladie « sas de guérison ».

Rarement sommes nous ainsi en colère.
Souvent, nous rentrons dans la colère et la laissons nous consumer totalement, jusqu’à ce que de nous il ne reste rien.

Épaves esseulées
Au fond des eaux troubles,

Coquilles évidées,
Rongées par les vagues successives
D’acidité sulfurique,
Remontées sauvages
Des écumes amères
Qui rongent le rivage.

Tout le monde aime le Père Noël, mais que penserions nous d’un pauvre homme convaincu qu’il est réellement ce personnage féerique, et qui s’impose en tant que tel auprès de tous les enfants.

C’est le recul qui permet la prise de conscience de l’habit de colère que l’on porte et de la fonction que l’on joue.

La colère.
Quand la colère déborde, que l’on se met dans la colère jusqu’à la sentir perler aux coins de nos lèvres, déborder en bulles de magma aux abords de notre cœur suffocant….C’est que nous sommes (devenus) colère.
Accepter cette colère est l’étape essentielle. Surtout ne pas l’affronter de face, car elle se rebifferait et nous submergerait à nouveau par une montée foudroyante et fourbe de vagues destructrices.

La regarder, et respirer à travers elle, sans chercher à l’atténuer. C’est ainsi qu’elle s’atténuera. Par le souffle patient.
Sa mer acide s’évaporera progressivement, chauffée par notre espace intérieur, et laissera un brouillard de moins en moins épais, au travers duquel se devinera le vrai visage de la colère:
La peur.
C’est la peur du petit chien qui aboie à tout-va, du préventif maladroit. De la fragilité qui s’ignore. La colère naît de la peur.
Il y a du désespoir dans la colère, un ultime réflexe désespéré de reprendre le contrôle. C’est d’ailleurs ici que tout s’emballe. Tout chavire, et plus nous cherchons à reprendre le contrôle de l’embarcation, plus nous accentuons ses soubresauts imprévisibles.
C’est une navigation avec les yeux fixés sur la proue, une tentation de réagir aux moindres mouvements des vagues que l’on cherche à fendre….une incapacité à lâcher des yeux l’avant du bateau pour voir la mer au loin, l’horizon, l’infini des possibles,  le ridicule du cap à tenir.
La peur à besoin d’un socle pour se construire.
En pénétrant plus avant, en soufflant au travers de ce nuage effilé, dans les cieux apeurés qu’il laisse transparaître, on peut alors doucement faire connaissance avec la plus triste des images de la colère:

L’insécurité.

Le manque de confiance, la fragilité de l’enfant accroupi sur un rocher, nu et grelottant.
Saurons-nous l’accueillir? C’est de son esprit que naquirent ces couches de protections malhabiles.
Saurons-nous désarmer, et désarmer encore ses émanations opacifiantes?
Saurons-nous le regarder souffrant, le couvrir et rester à ses cotés?
Il se peut qu’au détour d’un climat favorable, alors que le soleil se lève sur l’horizon, il finisse par se réchauffer.
Alors en regardant les vagues au loin se fondre avec la lumière naissante, il se lèvera, secrètement confiant.

Amicalement, sans y penser vraiment, il chevauchera les créatures qui jouent alentours.

Franck Joseph



©FJ oct 2017
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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