Maltraitance Quotidienne

La maltraitance est binaire. Soit on traite autrui mal, soi on le traite bien.
Bien que l’on puisse concevoir une gradation dans la maltraitance– couper la parole ne peut pas être mis au même plan que gifler–maltraiter, c’est toujours maltraiter.

Et il n’est jamais trop tard pour s’apercevoir que l’on s’adonne, consciemment ou pas, à une forme de maltraitance psychologique.

Lorsque je parle mal, que j’utilise un langage ‘de décharge’– c’est à dire pour me décharger émotionnellement, je maltraite.

Lorsque, par mon attitude je véhicule un message de dépréciation, de négation de l’autre, je maltraite.

Lorsque je refuse d’accorder mon temps à l’écoute de l’autre, je maltraite.

Et puis, la théorie de la décharge…. « au moins, quand je crie, ça me fait du bien »… est destructrice au carré:
C’est une illusion, car en réalité, on ne se ‘décharge’ pas…on facilite le passage, on prépare le terrain à la prochaine colère, on sculpte la force de l’habitude.

Evidemment, j’entends déjà les contre arguments, et les discours d’arrière garde tendant à diluer tout celà dans une double dose de « oui, mais la vie au quotidien…. », « oui, mais il faut bien leur faire comprendre…. », « oui, mais quand je le dis gentiment, il n’entend rien…. », « oui, mais franchement, il l’a cherché »…..

Ce ne sont là que de tristes stratégies de déculpabilisation par dédramatisation.

Paradoxalement, plus les gens nous sont proches, plus nous avons tendance à la maltraitance psychologique. Alors, qu’il nous faudrait davantage les choyer, nous nous déchargeons sur eux, présumant que leur seuil de tolérance est plus élevé, ou que leur capacité à passer outre nos excès de langage–ou d’ignorance– est plus grande.

Et voici que, tout la journée, nous acceptons les écarts de ceux qui peuplent notre quotidien professionnel, ou de nos concitoyens avec qui nous partageons des tranches de vie –transport en commun, relations téléphoniques….

Quelle abérration… Quand sommes nous devenus aveugles et insensibles?

Très certainement, ce processus destructeur n’est pas conscient et c’est très lentement, un abus de langage après l’autre, une échelon d’outrance après l’autre, que nous avons glissé dans ce quotidien où nous piétinons les nôtres, que nous avons entamé l’escalade morbide où nous broyons leur fragilité à coup de bottes vulgaires.

Peut-être est-ce une habitude de non-respect de nous mêmes, transmise par les mots des adultes qui nous ont fait grandir. Par glissement, celle-ci est devenue la manière avec laquelle nous avons appris à nous traiter. Nous avons alors cherché dans notre environnement des confirmations de notre non-valeur.
Cette habitude, aujourd’hui,  se matérialise dans notre manière de réprimander nos enfants.

Subtilement, en infra-message, nous leur apprenons leur non-valeur, tout en confirmant une fois encore la notre.
C’est ne pas croire en sa valeur que de d’insulter ses enfants.
C’est être profondément triste et perdu soi-même que de s’entendre le justifier.

NiDr

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