« Je suis ton Père » (Et aussi ton Fils)

Les mots des sciences en général, de l’économie à la médecine sont trop souvent des fossés entre experts auto-fantasmés et horde de profanes affamés…

…Là où ils devraient être des ponts ( au moins des lianes-qui offrent la possibilité de se transcender dans l’effort d’apprentissage), les mots sont devenus des fossés béants. L’ont-ils toujours été?
Au commencement était le Verbe.
Et comment était-il, le verbe, au commencement…? Il devait être silence.

Il arrive, de temps à autre, que dans cette quête toujours évanescente, nous nous retrouvions entre obsessionnels du vernis linguistique. Sur les terrains verbaux que nous dépeignons, nous nous brossons le dos les uns des autres.
Et comme la démangeaison, lorsque l’on croit que l’autre finalement est parvenu à nous gratter le dos là où nous lui demandions, nous nous apercevons qu’il y a toujours un point, un peu plus haut, un peu plus bas, un peu plus à gauche…. qui, vraiment, s’il était atteint, nous comblerait de délices…

Un expert, un docteur, un grand maître, un père…
Quelqu’un qui a étudié plus longtemps, vécu plus longtemps…
Est ce réellement si simple? Est ce que le temps passé à fréquenter (un domaine, la planète Terre..) est vraiment proportionnel à l’expertise qu’on en acquiert, à la légitimité d’expression…? 

D’autant plus que du temps, on ne sait rien.
Qui peut affirmer être plus ancien qu’un autre?
Qu’en sait-il vraiment?
Hissé au sommet de son ignorance, il proclame et assène, encense et réprimande.

Il en fatiguerait jusqu’aux sages retranchés dans les profondeurs du Réel.

Les enfants sont les vrais parents des parents.
Les parents sont les vrais enfants des enfants.
Je suis le père de mon père, et le fils de mon fils.

Le culte de la précision conceptuelle peut virer au snobisme de l’entre soi.
Cette précision, ce pointillisme est bien évidemment asymptotique: Toujours visé, toujours plus près, jamais atteint. Au cœur des mots, la frustration.
C’est une inaccessibilité de nature puisque le concept parfait que nous poursuivons dans nos élucubrations n’est qu’une vue de notre esprit. Étroitesse et stérilité de la philosophie.
Il s’agit toujours dans ces discussions en spirale, d’une recherche d’absolu (la formulation parfaite) armés d’outils relatifs et subjectifs (notre bagage, notre expérience).

Avoir cette croyance au fond de soi, et la laisser infuser toute notre vie, c’est s’embuer les yeux au point de ne pouvoir percevoir que la magie est partout, tout le temps.
C’est à dire que la magie est ici, maintenant.
Que la magie n’est en fait nulle part, puisqu’elle est le tissu même de nos expériences.
En dépit de nos gesticulations.

Derrière la superficialité de cet amour des paillettes de mots, il y a parfois un regard moins myope et plus englobant.

Discuter sur la précision de telle ou telle formulation revient souvent à couper le gazon frénétiquement sur 10 cm² tous les jours de la semaine…alors qu’en levant la tête, nous verrions la forêt immense et sauvage, et au-delà, le sable chaud et incroyablement mobile, et l’océan infini qui se mélange au ciel de la nuit…

Quand ces regards perdus se croisent,
On entre alors en Poésie 
Qui, en servant les mots, 
Qui, en usant des mots, 
Les détruit.

Franck Joseph

©FJ Jan 2017

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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