Si le Silence Pouvait Parler

Les mille questions…
-Pourquoi les préceptes ?
-Ne ferait-on pas mieux de traduire ce terme par….?
-Je ne comprends pas bien ce que vous voulez dire quand vous parlez de…..
-Je me demande s’il ne serait pas mieux d’organiser….
-Existe-t-il un Soi éternel ?

Les questions …celles que l’on a en tête, qui tournent et s’amplifient au fur et à mesure des heures, celles que l’on doit absolument poser quand on rencontrera la personne qui détient la clé…
Ces questions sont des bornes kilométriques sur une piste circulaire….elles s’accumulent, puis se superposent à l’infini, se font écho les unes aux autres tant et si bien qu’on ne sait plus.

Plus on avance sur cette piste-pour-rien, plus on creuse le sillon de l’anxiété et plus on ajoute de questions aux questions.
C’est précisément là qu’il y a un décalage entre la réalité de ce que peut fournir comme renseignement telle ou telle personne par voie de parole et le potentiel de transformation, de satisfaction que l’on projette sur cette réponse. La réponse n’est pas la clé. C’est un indice qui oriente vers la clé, au mieux.

La réponse de celui qui sait, ou croit savoir, n’a aucune valeur pour nous. La clé du maître n’ouvre malheureusement pas toutes les portes de l’élève. C’est tout un trousseau qu’il lui faut avec autant de clés que de disciples, avec autant de clés que de questions

A chaque porte qui s’ouvre se laisse entrevoir un autre couloir, avec autant de portes… jusqu’à ce que le disciple comprenne que ses questions ne sont rien d’autre que les dédales dans lesquels il se perd.

Le Bouddha traitait les interrogations métaphysiques, les vraies questions existentielles non pas par le mépris, mais par le silence.

L’essence du réel disparaît avec les mots. La réponse est sans mot. Ne pas répondre est la seule réponse qui en est vraiment une. Toute élaboration philosophique répond à la question.

Mais sous la question qu’y-a-t-il ? Et qui y -a-t-il ?
Car c’est à cela qu’il faut répondre vraiment.
Ici, laissons parler le Silence:

« Sous la question, regarde bien, écoute…entends-tu le bruissement sourd de l’envie de plaire, de paraître plus intelligent, de te montrer comme celui qui a le plus de références, le besoin de s’apaiser, de s’entendre parler, de renforcer une croyance que tu as déjà alors que tu la vois se craqueler…?
C’est cette partie de toi qui s’exprime. C’est cette partie de toi qui cause… et qui cause: qui cause tout le temps, d’un discours incessant qui cherche sans interruption à se rassurer, à se prouver que celui qui le tient est encore là…
Et qui cause les imbroglios dans lesquels sans cesse tu te perds…Penses-tu vraiment que de ce chaos magmatique puisse émerger une réponse satisfaisante?

Penses-tu vraiment qu’en continuant à brouter l’écume, les bulles de polluants, et à patauger dedans comme tu le fais tu pourras parvenir à connaître l’océan?
Mais relève-toi, tu es plus grand que ça. Très bien. Maintenant, assieds toi »…

Le silence, celui du temps passé assis à se taire, à faire taire, à laisser se taire…Ce silence éclaire les questions. Il n’apporte pas de réponses non plus. Il est la clé. Il permet de réaliser la futilité de la question.
Le processus d’interrogation n’est pas en soi coupable d’être inapte à avancer sur le chemin ou à l’entrevoir simplement.
C’est ce que nous projetons dans la réponse espérée qui est la raison même de l’insuccès des questions.

En touchant le silence, je touche un espace bien plus grand que celui qui a fait naître ma question. Et c’est à partir de cet espace que je peux sourire à l’immaturité de ma démarche.
Traiter une question par le silence, c’est respecter celui qui la pose, bien plus qu’apporter une réponse d’un degré équivalant, qui n’aurait pour vertu que d’entretenir l’inquisiteur dans la source de sa confusion.
En ne répondant pas, par miroir, on active le silence chez l’autre, on lui donne l’opportunité d’entendre la réponse à toutes les questions…

Franck Joseph

 



©FJ Jun 2017
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s