Mamie en Prison 

Pendant ce temps…juste avant, juste après avoir lu ces lignes (ou pire, pendant leur lecture même), depuis des années et pour combien de lustres encore?….Nous sommes sur Facebook.

Sur Facebook, sur Twitter, sur Instagram, sur n’importe quel autre réseau social. L’homme est toujours un animal (de réseau) social.

Pourtant, il n’y a rien de particulier à incriminer. Ce n’est certainement pas la faute de ces plateformes aspirantes si nous jouons à nous perdre. Elles ne sont que la forme nouvelle d’un travers ancestral.

Le fait est que, quelle que soit notre génération ou notre inclinaison à utiliser de tels outils, sous une forme ou une autre, nous avons toujours été sur facebook.
« Etre sur facebook », c’est être dérobé à soi-même.

Ce réseau social est simplement une manifestation contemporaine, exacerbée–et particulièrement pernicieuse — de ce qui a depuis si longtemps absorbé notre énergie.

À longueur de clics, nous rédigeons  le plaidoyer pour la partie adverse. Une fois vidés par cet exercice stupide, nous assistons à l’audience, sincèrement estomaqués de constater l’issue carcérale qui se dessine pour la grand-mère démunie. Par un sourire narquois, le voleur de sacs à main, multi-récidiviste, vous remercie de lui offrir à nouveau l’opportunité de sévir.

Le juge, circonspect par notre attitude déraisonnable, applique la loi et prononce la sentence : prison à vie pour  la grand-mère. Effectivement, elle n’aurait jamais dû sortir avec son sac à main.

Depuis toutes ces années, ces décennies, peut-être même des dizaines, des centaines de vies, nous sommes convaincus que nous sommes trop malins pour nous laisser attraper par les filets de l’ignorance, trop louvoyeurs pour être rabattus sur l’ile de souffrance par les vents karmiques.  Avec nous, dans notre cas, c’est différent.

Et déjà nous argumentons: « Aucun outil n’est mauvais en soi, c’est la manière dont nous l’utilisons qui le rend bon ou mauvais. »

C’est d’ailleurs le cœur de la stratégie de communication de la NRA, le tout puissant lobby en faveur de la conservation et du développement du port d’arme au Etats-Unis: « Guns don’t kill people. People kill people. »
Ce ne sont pas les armes qui tuent des gens. ce sont des gens qui tuent d’autres gens.

Si nous sommes ici (quand je dis ici je veux dire ici, ensemble, à faire ce constat) c’est que le papier d’emballage déjà nous étouffe. Dans les bulles d’air pensées à cet effet, nous nous pensons libres.

Ingénierie parfaite qui peint des prairies sur les murs de la prison…

Seule, face au mur, mamie regarde la prairie. C’est en effet très convaincant comme expression rupestre. Son regard, étonnement,  est légèrement différent aujourd’hui. comme si elle eût incliné la tête plus que de raison. Elle se questionne, écoutons-la…

« Quel est celui, en moi, qui regarde la peinture et se croit au milieu de la prairie?
Quel est celui, en moi, qui se sait reclus, qui voit la fenêtre de barreaux sans se laisser leurrer par les herbes folles en peinture?
 »

C’est cette partie, en nous, qui peut voir plus profond et percevoir l’absence de peinture, de murs et de prison.

Est-il possible que nous ayons nous-mêmes bâti cet édifice, puis pénétré dedans, fermé la porte derrière nous et jeté la clé par la fenêtre? Est-il possible que nous soyons les peintres des prairies que nous contemplons, auxquelles nous croyons si fort, que nous oublions la prison? Que nous soyons les artisans de notre propre souffrance ?
Quelle force joue en nous?

Murs, peintures, prisons, réseaux sociaux, discussions et vernissages, intérêts sociaux et brossages réciproques, tous ils nous occultent.

Œillères totales, intégrales et opaques, ce sont les motifs mêmes de notre cantonnement dans leurs sphères étroites.

Petits cobayes persuadés que le monde s’arrête à leur roue, à leur cage…

La perversion s’épaissit si, d’aventure, la roue du cobaye produit de l’électricité pour d’autres dont l’intérêt est de dorer la cage à coups de guirlandes pour Noël,  de citrouilles d’Halloween, de smartphones professionnels.

Se met en route l’armée moutonnière de community managers habiles, marketeurs labiles, de voyages annuels en terres d’exotisme, de tickets restaurants, de paradis pour les vertueux, de divertissements lumineux…

Il arrive, qu’à force de pleurer sur les murs de la prison, la peinture ruisselle et les murs de ciment deviennent terre, sables et poussière.

Aux vents favorables de la nuit, ils rendent leur dernier souffle et font place à l’inspiration première du jour nouveau.

Franck

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s