Les Etats-Unis du Bruit

Mettre « le 20h » le soir …Ne pas se parler, parce que, quand même, c’est les informations et faut bien se tenir au courant.

Plutôt, se maintenir dans le courant,
A flot des détritus flottants,
Ces pensées de plastique s’agglomèrent en continent poisseux.
Tous citoyens du monde de canettes.
Sur votre droite, une boutique de souvenir, avec perches à selfies télescopiques.

Qu’est ce qui, sachant tout cela, conduit le doigt sur le bouton de la télécommande et, aux alentours de 20h, cherche à se relier au Etats-Unis du Bruit ?

Il y a nécessité de faire taire.
Faire taire l’autre qui cherche à se dire….
Faire taire en nous celui qui supplie.
Comme on bouche ses oreilles aux cris du nourrisson.

Combler le silence comme on jette de la terre dans une source naissante.
Vite, vite que ce silence se taise.
Fermez les portes, qu’on ne l’entende plus. Bandez-le très serré, qu’il ne grandisse pas.
Et allumez la télé.

Incroyable, tout ce qui se passe dans le poste.
Tant d’incitation à s’insurger. Et si peu d’insurrection.
En gentil esclave, moi aussi, je prends la tétée du soir au biberon de la télé.
Mmm, c’est bon la bêtise des autres, ça me montre combien je suis intelligent.
La souffrance au loin aussi…. quelle chance on a par chez nous.
Baissons la tête, allons bosser.
Pas de vent, pourtant sur ce continent sourd, mais des opinions qui passent en rafales, et des hommes qui courent dans le sens des idées, à gauche, à droite. Puis ils tombent et se noient.

Les pingouins, avec leur air de rien, regardent passer les icebergs en mirage le long des courants.
Gauches et majestueux, inutiles à foison, ils savent que le bruit finit toujours par passer.


Les opportunités de rencontres demeurent.
Elles sont tapies dans le silence, enroulées en double hélice,
Elles hibernent sous les croûtes d’abrutis.


Allumez tous les écrans, télévisions, tablettes, téléphones,
Le silence attend,

Faîtes sonner toutes les sonneries, les notifications push, achetez tout ce que vous pouvez dans les box en métal qui crachent la house-music entre deux pubs gourmandes,
Le silence attend,

Faîtes gronder les moteurs, allumez les radios et remplissez l’air de chansons-produits,
Nourrissez vos pensées de plastique, vos désirs de caoutchouc, branchez le tout directement sur les panneaux publicitaires…inutile de cligner des yeux.
Même cette dernière micro seconde de présence à soi disparaîtra.
Qu’importe,  si le silence attend.

Franck

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