Passé, Présent…Passant..

Assis sur le coussin, quel est ce passé qui me hante?

Je lui tourne autour, à longueur de session de méditation et jamais je ne parviens à me soustraire à son omniprésence. Il prend toute la place.

Dans l’arène du cerveau, le taureau des pensées est nerveux…
Impossible de le chevaucher, impossible parfois de l’approcher…
Et dire que les livres regorgent de conseils et de techniques de domestication.

Il faut dire que les écrire n’engage à rien. À moins que je ne sois tombé sur une race particulièrement revêche…

Après des dizaines de milliers de cycles respiratoires, je fais le constat suivant:

De ces scénarios tauromachiques qui me piétinent encore et encore, je suis l’acteur principal.
Inutile de chevaucher la bête. La bête aussi est moi.

Étonnant, confondant d’égocentrisme.
Me voilà passé maître dans l’art de l’écriture de scénarios palpitants, pour des très (très, très) longs métrages, avec un seul acteur. Quel talent.

Au programme:
Mes erreurs, mes faiblesses, mes égarements.
Entracte.
Mes succès, mes ambitions, mes accomplissements,
Entracte.
Mes erreurs….

En réalité, il n’en est rien. L’individu assis en méditation dans l’esprit duquel se télescopent les événements passés, n’a pas grand chose à voir avec celui qui en était le maître ou la victime lors des scénarios intérieurs projetés sur la voûte crânienne du méditant.

L’illusion d’optique naît de la fausse similarité entre l’esprit qui est (en méditation) et l’esprit qui était (en situation passée). Ce type de superposition est franchement artificiel.

Les graines de celui qui était ne suffisent pas à définir les fruits de celui qui est.
Depuis le temps de celui qui était, le sol a été plus ou moins enrichi par des situations climatiques plus ou moins favorables.
Chacune des bribes d’actions, lorsqu’elle a pris contact avec le réel, a donné lieu à une myriade d’effets secondaires, potentiels, collatéraux, décoratifs, fondamentaux, de telle sorte qu’il est impossible de les rassembler tous en un même bouquet.

Si d’aventure nous y parvenions, il faudrait un millénaire de calcul par les plus puissants des processeurs pour commencer à entrevoir la parentalité du passé sur le présent…
Et puis finalement réaliser que les modèles de calculs étaient erronés.
Cette complexité apaise. Un peu comme envisager un instant d’analyser tel ou tel aspect du caractère de Jean Sébastien Bach dans son œuvre et de manière transversale.. puis se saisir d’un ukulélé pour faire tourner un do et un sol.. une joie simple.

Lorsque des bribes partielles du passé s’imposent à moi, c’est une faiblesse scientifique qui me mène à penser que ces bribes sont suffisamment représentatives pour refléter un tant soit peu fidèlement mon passé….

Bien sûr, la somme de ce qui était a engendré la somme de ce qui est, sans perte et sans ajout. Mais, et c’est ici l’erreur de perception, celui qui est en méditation et souffre de la continuité avec ce qu’il croit avoir été, ou s’ enorgueillit de cette même continuité, n’y a en fait pas accès.

Celui qu’il était et qui se rappelle à lui en cet instant de recueillement, était bien plus large et complexe  que celui qu’il perçoit.

Particules d’Emotions

De cette effraction persistante du passé dans le présent naissent des étincelles d’émotions.
Dans les émotions générées par cette expérience, il n’y a pas de passé. Elles sont toujours l’expérience du moment. Elles sont toujours maintenant.
En leur laissant un espace d’expression, c’est à dire en ne cherchant plus à juger, confirmer ou infirmer une idée que j’ai de celui qui était (cause des scénarios qui s’écrivent et se rejouent au kilomètre), je cesse de ruminer ce qui les alimente, et elles s’éteignent, à petit feu…
Accordons-leur l’importance qu’elles méritent.
C’est à dire toute notre attention.
Mais pas plus.

Lorsqu’au grand accélérateur de particules du CERN, deux éléments se télescopent à vitesse faramineuse, exprimant ainsi l’ampleur de la complexité du réel, le spectre des résultats qu’il m’est donné d’analyser est aussi large que celui que les outils d’analyse me permettent de percevoir.

Le télescopage ici correspond au passé qui s’invite dans le présent.
Si le spectre d’analyse des résultats est étroit du fait d’instruments anciens, mal calibrés, inadaptés, alors il en résultera de la souffrance.
Si j’entretiens mes outils d’analyse que sont la conscience, la vigilance, l’espace d’appréciation, le non-jugement, j’élargis le spectre à d’autres révélations.
Alors ce qui faisait l’objet de mes recherches, n’est plus du tout au cœur de ce que je découvre. On trouve toujours ce que l’on cherche…

Comme une autruche cherche le ciel la tête dans le sable, j’avais jusqu’alors orienté mon outillage sur une recherche de cohérence entre ce qui était et ce qui est, bien incapable que j’étais de percevoir ce qui était, et incapable, de par ce centrage douloureux de percevoir ce qui est.

La projection d’une particule de passé (activité mentale) avec une particule de présent (pratiquant en méditation), ne révélera sur le spectre des résultats qu’une activité au présent.
Le résultat de la collision, même s’il nous parle du passé, se produit toujours au présent.
C’est l’émotion qui jaillit. Une réalité psychique, émotionnelle, infra langagière, spectaculaire, éphémère.
Ce matériel émotionnel est le voile qui cache la mariée.
Il est nécessaire au processus de mariage, mais il serait fort dommage de passer sa journée de mariage à en admirer la complexité de confection ou la noblesse du tissu…

La sollicitation psychique des réminiscences de celui que je pense avoir été, dont je me souviens et que j’idéalise ou, au contraire que je caricature, est toujours une manifestation présente.
Ce n’est jamais le passé qui envahit le présent. C’est toujours le présent qui essaie.

Comme un jeune enfant s’obstine à faire entrer son cube dans la forme vide triangulaire, le pratiquant force les cubes du passé dans le triangle du présent. Mais ça ne passe pas. Plus il force, plus il en générera des copeaux de souffrance.

Aussi, assis ainsi, il est victime du biais cognitif de confirmation, c’est à dire qu’il piochera dans ses images denses du passé celles dont il a besoin pour satisfaire son intérêt du moment, même s’il s’agit d’entretenir ses peurs, histoire de voir si ses angoisses et lui, sont toujours vivants..
Même s’il s’agit de broyer du noir en ressassant une lecture dépressive, puisque c’est là ce qu’il pense avoir compris de lui-même.

Ressasser le passé a toujours à voir avec la représentation de nous-mêmes. C’est toujours une image de nous que nous refusons, entretenons, ou questionnons.
Ce n’est pas tant cette activité de refus de notre image qui importe, car, comme nous venons de tenter de le souligner, cette activité est totalement sapée par notre ignorance.
C’est par ignorance que je ‘attarde sur une partie du spectre émotionnel.

Notre incapacité à comprendre clairement ce que nous étions….
C’est un faux problème, une mauvaise question qui nous embourbe jusqu’au cou…
Dans ces sables mouvants, il est vivement conseillé d’arrêter de suite toute gesticulation.
Comment s’en extraire?

Ce qui importe, et dont les conséquences sont finalement bien plus intéressantes que de simplement savoir s’il existe une cohérence entre ce que j’étais et ce que je suis…
peut être considéré sous la forme suivante:

-Celui qui était, était-il? Et qu’en est-il de celui qui est?

Combien de milliers d’heures de cuisson intérieure faut-il encore pour que nous adaptions notre calibrage de manière à se concentrer sur ‘ETRE’ et non plus sur ‘CELUI’?

Franck

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