Qui j’aimante?

Gaki Gaki

De toutes les directions, ils accourent.
C’est bien la faim qui les pousse à agir ainsi, avec une telle urgence.
La faim, la soif, l’envie, le désir, le feu de forêt attisé par les vents incessants.
Confusion sauvage des climats primitifs.

Sans réfléchir, ils foncent vers la première grille de magasin ouverte, vers le premier écran qui projette un film vulgaire, vers la première peur panique qui jaillit, vers la poussée dépressive qui pointe, vers la première canette d’alcool qui se décapsule.

Disgracieux, ils gémissent, boitent et se poussent les uns les autres, telles des hyènes devant les restes d’une carcasse de gibier, tuée par un félin qui s’en est allé repu.

L’homme est chez lui, poussé par la même urgence, la même promesse d’assouvissement à court terme. Il se dirige vers le réfrigérateur.

Cette tension vers l’ébriété est un appel que les hyènes énergétiques reconnaissent de loin. C’est même plus efficace qu’un appel auquel on répond par voie de décision: il s’agit d’un mécanisme, d’un automatisme pré-programmé, d’un tuyau emboîté dans un autre. Le mouvement de l’un crée le mouvement de l’autre.
Les ondulations psychiques de l’homme assoiffé emboîtent les formes vibratoires des hyènes gaki.
Autour de lui, elles tournent, déjà elles hument et les vapeurs d’alcool ont sur elles ce double effet de commencer à apaiser leur besoin tout en le stimulant.

Il en va de même lorsque l’homme commence à ressentir les premiers effets de l’alcool, alors que la substance épaisse pénètre ses veines et dilate son comportement.

Les gakis se pressent contre lui et jouissent des échos d’ivresse, comme on colle l’oreille au mur pour distinguer les mots de rage derrière les cris des voisins. Leur colère, leur dispute raisonne en nous.

Les hyènes vaporeuses sont réduites à cette jouissance par procuration.
Leur statut désincarné ne leur permet plus que la satisfaction par rebond.
L’impact semble amoindri mais il demeure suffisant pour leur permettre d’entretenir ce sentiment pervers d’excitation.
Ainsi, ils approchent l’existence par le biais destructeur de la dynamique désir-satiété.

Cette dynamique existe partout. Par ces créatures pathétiques, il nous est donné d’en observer les formes les moins raffinées.

Addictions aux substances, désir charnel dénué de conscience,
Ces âmes de frontières, ces formes proto-infernales nous permettent de faire le constat suivant:
L’énergie dépensée est la même, que le processus aboutisse, qu’il aboutisse presque, ou qu’il n’aboutisse pas.
Dans leur cas, l’action n’aboutit jamais à une satiété physique. Pourtant, elles y trouvent leur compte. C’est bien que quelque chose se produit.

Si nous nous cantonnons à cette expérience qui est la nôtre, par le biais du corps que nous occupons et dans la dimension spatiale qui est celle que nos vies arpentent, la transposition des considérations ci-dessus suggère que ce n’est pas parce que l’univers physique n’est pas visiblement impacté qu’il y a pour autant absence d’impact.

La pensée

Et qu’est-ce que la pensée, sinon le domaine de l’antichambre?
Les négociations s’y tiennent, les avis s’y expriment et se forgent les uns les autres…mais jamais rien ne ressort de la pièce pour modeler le monde.
En clair, cela signifie que je peux très bien penser aux pires des méfaits, faire tourner en esprit les plus perverses des élucubrations, contrebalancer mon expérience en y rejouant ad libitum les scénarios de mes frustrations, y faire tourner les plus fantasques des déroulements futurs…
Et pourtant sortir et déambuler comme le plus standard, inoffensif épanoui des êtres humains. logique d’arrière-cour.

L’action de la pensée

Il m’apparaît qu’il en va pourtant tout autrement. Les échos des ondes produites ainsi par l’action même de penser génèrent de manière imperceptible (c’est à dire inobservable, et non infinitésimale) une ribambelle d’effets qui sortent totalement du spectre de ma conscience.
Il convient donc d’envisager un élargissement de ce spectre, afin d’y inclure une capacité de perception aussi large que possible.

Egalement, cet élargissement permettra de ne plus se voir comme le jouet du monde alentour, la victime de la réalité. Progressivement, nous en viendrons à nous savoir artisans de nos expériences.
En acteur économique total, nous en sommes à la fois l’usine (par nos pensées), le distributeur (par nos actions) et le consommateur (par notre retour d’expérience).

 » C’est l’intention qui compte »

Oui, c’est l’intention qui compte. A contre-emploi de l’utilisation qui est généralement faite de cette expression populaire. Usuellement, elle permet de dédouaner une issue jugée défavorable:

-« Allons, allons, ce n’est pas grave… c’est l’intention  qui compte. »

En réalité, l’intention ‘compte’, au sens où elle est déterminante sur l’issue considérée.

Les rats et l’écologie

Les sous-produits de nos pensées alimentent les poubelles énergétiques, et remplissent les décharges de nos déjections psychiques.
Cette logique est similaire à celle des rats qui grouillent aux abords de nos villes et se nourrissent de nos restes.
La première propriété de ces nuisibles est leur aptitude à la prolifération débridée…ils deviennent très rapidement ingérables pour la communauté.

Loin de participer à l’écosystème de façon saine, ces gâchis, ces manques d’optimisation, contribuent à la prolifération des nuisibles imperceptibles.
‘Imperceptibles’ préférable ici à ‘subtiles’ (souvent, cet adjectif est choisi pour référer à ce qui ne se voit pas…cependant les éléments dont il est fait état dans cet article correspondent davantage, sous les projecteurs d’une conscience vigilante, à des phénomènes grossiers).

De même, le manque de raffinement de notre conscience contribue à répandre le chaos.
Chaos qui nous revient en pleine figure par journal télévisé interposé.

Inversement de la vapeur

L’observation, la vigilance dont il est fait mention dans le paragraphe précédent permet une inversion des moteurs, un retournement favorable des mécanismes de nuisance.

En entretenant mon jardinet, je ne tenterai pas le badaud mal dégrossi lorsqu’il souhaitera y déverser ses sacs poubelles.
Même s’il le faisait, alors je pourrais, d’un seul regard, voir ce qui correspond au jardin et ce qui ne mérite pas d’y rester.

Celui qui, par mégarde ou malintentionné, déverse ses ordures par dessus mon muret…
n’a pas la moindre conscience d’être si peu vigilant ou si mal intentionné.
Il agit, comme une hyène gaki, en suivant une stratégie de survie hyper court-termiste.
Acculé par son fonctionnement psychique, poussé sur le plongeoir de l’action par des pensées tourmentées, fragmentées, il ne peut, à ce stade, faire autrement.

Ce que je peux faire? 

Entretenir mon jardin.
Elargir mon jardin…

Grand Jardin.

En élargissant le jardin, 
D’Éden à l’Amazonie, 
D’Amérique latine à la Terre entière. 
L’assise élargit le jardin.

Existe-t-il des détritus qui ne puissent être traités?

Franck

 

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