Tout est Souffrance. Joie du Bouddhisme.

Dukkha. 
Sarvam Dukham.

C’est la première des quatre vérités énoncées par le Bouddha, lorsqu’il consent à partager son enseignement:
« Tout est souffrance ».

Tout, dans ce qui constitue nos expériences, est souffrance.
Dans la situation telle qu’elle semble être envisagée par le Bouddha, et sans aller vers la seconde vérité, il n’y a pas d’issue.
Il vaut peut-être la peine de s’attarder quelque peu sur ce que révèle ce premier énoncé.
La souffrance est partout. Il n’y a pas d’endroit sans souffrance.
Il n’y a pas d’endroit sans souffrance….auquel nous puissions, à ce stade, accéder.
La non-souffrance, la libération est encore hors de portée.
Et c’est cette propriété, cette indistinction entre souffrance et autre chose, du fait même de l’omniprésence étouffante de la souffrance qui rend cette expérience si difficile à transcender.
Où prendre pied? Quel rocher gravir pour nous hisser hors de la souffrance et ainsi pouvoir la constater?

L’inconscience est la condition qui laisse macérer dans la souffrance.
Le manque de perspective empêche la prise de conscience que notre condition est une condition de souffrance.
C’est cette inconscience que, dans le bouddhisme, on appelle ignorance.
Jésus demande à son père de pardonner aux hommes enfermés dans ce royaume de souffrance, parce qu’ « ils ne savent pas ce qu’ils font ».
L’homme ignore sa souffrance tant que celle-ci détermine la totalité de son expérience de la réalité.

A ce stade, l’individu ne perçoit pas qu’il a un intérêt à sortir de ses mécanismes mentaux. Il en est encore le jouet, il n’a pas pu opérer le recul nécessaire pour constater qu’il court à sa perte.
Ou pire encore : qu’il court à son prolongement, à sa propre densification. Il persiste et s’ agrippe chaque jour un peu plus à des comportements qui le perdent, à des opinions qui l’éloignent.
Par défaut, la souffrance n’est pas perçue comme souffrance.
Elle ne peut l’être tant elle est partout.

Un individu qui naît, grandit et évolue toute son existence dans un décor gris-béton uniforme n’a pas la moindre idée de ce qu’est le vert de la prairie.
Tous les livres qui parlent de la couleur verte, toutes les personnes venant du monde extérieur au décor et lui parlant de la couleur de l’herbe, ne peuvent trouver de résonances chez cette personne.

Si elle entend dire que parler du vert est socialement valorisé dans certains cercles, elle se mettra également à en parler. Elle pourra peut-être même convaincre certaines personnes d’en parler à leur tour. Seulement, elle n’aura pas la connaissance du vert.

Sarvam Dukham
.

Il est possible que le pratiquant qui s’assoit sur un coussin et observe ses mécanismes mentaux se dérouler au kilomètre, puis revenir, s’enrouler et se dérouler à nouveau, parvienne au constat suivant:
Ces mécanismes ne mènent nulle part. Il est donc dans mon intérêt profond, d’arrêter de les suivre.
Le point le plus important dans cette déclaration n’est pas le terme « d’intérêt » que l’on peut, sans perte, remplacer par « nature ». Ce qui compte c’est l’origine du constat.

Il y a vision du champ de souffrance.

S’il est quelqu’un pour observer l’inutilité des processus, c’est qu’il s’est produit une entaille dans l’omniprésence de la couleur grise. Le vert a été semé.

Il existe un endroit depuis lequel le constat se fait que « tout est souffrance », un rocher depuis lequel on observe et qui émerge du plan de la souffrance.

Alors, dire : »Tout est souffrance », « Sarvam Dukham« , est en fait le début de la fin de la souffrance.
C’est la roue du Dharma qui se tourne.
Nous sommes ici bien loin du reproche souvent effectué au bouddhisme en général et à cette première vérité en particulier, à savoir le pessimisme, le nihilisme.
Subtilement et profondément, dans ce Sarvam Dukham, est déjà contenue la totalité de la Voie.
Celui qui le répète, qui l’entend ou le lit n’en a pas la moindre idée.

Celui qui s’arrête devant le brin d’herbe qui pousse au milieu du béton ne peut que sourire de la joie infinie qu’il ressent.

Franck Joseph


©F.J Nov 2017

Lien vers les Recueils en version papier : RECUEILS

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