Atterrissage d’Urgence

Le mental ne peut mener hors du mental.
Ce n’est que de manière heureuse, fortuite ou inspirée qu’il nous est parfois donné d’atterrir en dehors des grilles coutumières.
Avec émerveillement, nous constatons alors que les terres sur lesquelles nous nous posons sont soumises à d’autres lois que celles qui régissent nos continents fonctionnels habituels .

Ces contrées n’ont aucune frontière en commun avec les provinces du mental. Elles relèvent d’une autre dimension.

Cependant, même si ces paysages sont totalement inconnus de ce qui garantit que nous soyons opérationnels au quotidien,
Même si l’esprit usuel n’a aucun moyen de nous y mener, celui-ci reste quand même un passager de l’avion.

Qui plus est, un passager très influent.
S’il panique, de par le manque de repères auquel il est confronté, s’il fait bruyamment état des exigences de son emploi du temps serré, ou s’il ne trouve pas les lectures et collations à son goût, avant que nous ayons le temps de nous en apercevoir, il aura sommé le commandant de bord de redécoller, cap sur le territoire familier.

C’est pourquoi il faut le mettre en confiance, l’apaiser suffisamment pour que, si l’atterrissage par erreur venait à se produire, nous puissions a minima profiter de l’escale et nous y établir quelques temps.

Cependant, il y a une autre voie possible: Consterner le mental, le subjuguer, qu’il soit tellement abasourdi par la confondante beauté de l’environnement, qu’il en reste bouche bée, stupéfait, incapable de prononcer le moindre mot et de nous dérober à nous-mêmes.

Il s’agit ici d’un déroulement souhaitable mais qui peut être difficilement anticipé.

L’atterrissage par erreur peut aussi s’exprimer sous une autre forme, celle de l’atterrissage en urgence. Le carburant des schémas répétitifs est épuisé: nous sommes parvenus au bout du processus de ce mental et nous ne trouvons plus un gramme de kérosène psychique disponible pour alimenter les moteurs du mental.
En cessant de fonctionner, l’avion passe au dessous des nuages. Il emprunte alors une voie aérienne et se dirige vers une île que l’ensemble des cartes et des tours de contrôle n’ont pu répertorier.

Seuls certains pilotes éclairés, 
Ou détournés par les orages,
Connaissent ce lieu, 
Où pourtant tous habitent.

Franck

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