Non-Prière

La volonté de Dieu

Mais que font les musiciens silencieux, assis sur le sable frais, loin des villes et villages à la tombée de la nuit?

Peut-être prient-ils…entre deux méditations musicales,
A moins qu’ils ne méditent en jouant le silence.

Lorsqu’ils se rendirent sur les vaguelettes de sables, marchant dos au bruit décroissant,
ils s’interrogèrent ainsi, en pensant au phrases qui circulaient à la sortie des temples.

-« Pourquoi prier »?

Très rapidement, dans les discours à friction, un argument faisait surface et flottait par dessus tous les fidèles avec une opulence vulgaire.
-*Pour faire la volonté de Dieu… »


Pour « faire la volonté de Dieu »?
Envisageons deux sous-questions d’usage: Peut-on prier pour « faire »? Est-ce que prier c’est faire quoi que ce soit?

Une certaine approche de la prière est fondée sur un : Il faut que…
Je veux « faire la volonté de Dieu ». Si tu ne t’adonnes pas aux mêmes pratiques et rituels que moi, tu ne contribues pas à « faire la volonté de Dieu ». Qui peux porter le poids d’une telle accusation?

Ce type de compréhension, cette manière de pratiquer est pourtant une démarche de bonne foi… si ce n’est que la foi est ici placée dans la croyance en une nécessité de « faire ».

Faire

Ce biais de perception est inhérent à l’utilisation du verbe ‘prier’.
Au cœur sémantique de ce verbe, ainsi que dans son acceptation la plus répandue, il y a cette composante d’action. ‘Je vous prie de bien vouloir’…même dans sa forme la plus obséquieuse de supplication, le vouloir est toujours là.
Vouloir, faire, vouloir faire…même combat.

Il en va tout autrement lorsque nous laissons faire:  « Que ta volonté soit faîte »…
Les mots de Jésus sont une invitation à la méditation.

En méditation, je ne prie pas.
Je laisse prier en moi.
La méditation est l’art de non-prier.
En cela, elle n’est pas une anti-prière.
C’est une démarche plus profonde que la prière qui prie.

Action-Réaction

Cette prière qui prie est aussi empreinte d’une dynamique action-réaction.

Je prie en phase 1.
J’observe le résultat en phase 2.
[puis je boucle…]
Dans le balancement brutal qui anime ce mouvement, s’engouffrent le désespoir et la souffrance, la frustration et le désir déchirant.

Et ce n’est pas parce que, lors d’une prière, nous sollicitons l’accomplissement de la volonté divine (« que ta volonté soit faîte »), que cette volonté s’actualise par défaut.
Ceci signifie que toute manifestation dans nos vies, suite à une prière que nous clamons sincère, n’est pas forcément le fruit de la manifestation divine.

La différence entre l’appel à manifestation de la volonté divine et l’effective actualisation de Dieu dans nos vies est précisément le terrain d’expérience de la méditation.
C’est au sein de cet espace que prolifèrent nos mécanismes automatiques.
Heureusement, c’est parce qu’ils ont cet espace de déploiement qu’il nous est donné de les observer.

La méditation a deux bras. D’un coté, elle tient ‘la volonté divine sollicitée’ et de l’autre ‘la volonté divine actualisée’.
Elle commence et s’achève par les mains qui se joignent. Entre les deux s’étend la prière profonde.
Ce que je souhaite et ce qui se produit, en moi, hors de moi, ne sont plus deux éléments séparés.

Réglages…

Il semble que les paroles des Jésus ne disent rien de différent, lorsqu’il partage aux siens,  en Jean 3:30:

« Il faut qu’Il croisse et que je diminue. »

Le bruit mental du « je » qui n’a de cesse de projeter sur l’ensemble des phénomènes –extérieurs et intérieurs — doit venir à « diminuer ».
Car si tel n’était pas le cas, il en viendrait évidemment, puisque prisonnier de son mode de fonctionnement, à surinterpréter ce qu’il projette lui-même…quand bien même il nommerait cela « volonté de Dieu ».

Le souci n’est pas la matière projetée, mais le mécanisme de projection.
La pratique méditative offre une sphère d’observation. Elle fait la lumière sur la lumière.
Par une source naturelle, elle éclaire la source dysfonctionnelle, celle qui projette à tout-va.
Comme deux voies sur une table de mixage, l’une doit prendre la place de l’autre.
L’une doit s’accroître afin que l’autre diminue.
Ou inversement.

Inversement?!

Inversement aussi du jeu des majuscules avec les formes verbales…
« Il faut qu’Il croisse et que je diminue », peut alors devenir:
« Il faut qu’il diminue pour que Je croisse. »

Inutile ici de vociférer ou de crier à l’outrage, au blasphème.
Asseyez-vous plutôt et observez vous-mêmes.
Pendant que vous vous offusquez, Il diminue et vous croassez.

Paysages en Boucles

Ce qui importe dans la volonté de Dieu, ce n’est pas tant la volonté, que Dieu.
Si, pendant la prière je mâchonne et rumine sur la volonté, ce faisant, j’en oublie Dieu.
C’est ma propre volonté qui s’actionne. Ma volonté, ma volition est une expression de ma sphère mentale.
Tant que s’étendent en kilomètres redondants, les terres stériles d’un mental en roues libres, la volonté de Dieu ne peut y semer quoi que ce soit. Le regard n’a pas de prise. Aucune aspérité créatrice à laquelle s’accrocher.
Par un algorithme répétitif, le mental circulaire déroule les paysages de ciments compacts.

En boucles hypnotiques, le décor s’avale.
Les bâtiments s’y érigent, métalliques, urbains, lisses.
Les hommes s’y affairent, courent, aiment, pleurent, meurent et vivent.
Les routes s’entrecroisent et les réseaux se tissent.
D’autres villes, d’autres buildings, d’autres hommes et d’autres routes.
Des modèles anarchiques structurés
S’opposent et se conjuguent.

Rien de tout cela n’existe
Vraiment,
L’illusion est infinie,
Éternelle l’errance.

Pressés dans ces lamelles de verres
Subitement le miroir se tourne
La lumière électrique n’y est plus reflétée.
Posés les instruments et cessées les mesures
Du laboratoire
Sortir.


De deux choses l’une

Que ta volonté soit faîte. Ici, je ne fais rien, si ce n’est me rendre disponible à la réalisation de la volonté divine.
Cet entretien de la disponibilité permet la prière et la prière est l’occasion du rappel de la nécessité de disponibilité.

La prière a sa place dans la non-prière:
En zazen, la prière.

En tant que forme classique d’expression d’une spiritualité dualiste, la prière trouve sa place dans une vision non dualiste.
Elle est reprogrammation inconsciente de notre monde intérieur, vers une adéquation toujours accrue avec l’expérience de la réalité. Une démarche automatique de réécriture du code.
Généralement, cette approche naturelle prend la forme d’une simplification, d’une épuration des parasites. Les filtres cessent de s’empiler et se dissolvent.
Vous appellerez ‘volonté de Dieu’ ce à quoi vous vous rendez ainsi perméables.
Finalement, pourquoi pas?

Sauf que Dieu, que fait-il de plus ou de moins que sa volonté?
En cet instant, c’est vous qui avez cessé de ne pas écouter.
Le ‘péché’, alors, n’est pas aller contre la volonté de Dieu, au sens d’une démarche active et intentionnelle.
Le pécher, c’est la non-écoute.
La non-écoute, c’est l’ignorance.
Bien sûr que nous écouterions davantage si nous savions.
Mais nous pensons savoir mieux que Dieu.
Nous pensons savoir Dieu.
Nous pensons.

C’est l’activité mentale, le bruit de l’esprit, cet assourdissant bruit de fond qui masque tout, qui emplit cette absence à nous-mêmes.
Notre absence à Dieu, à notre Vraie Nature, notre bouddhéité.

La mélodie délicate du joueur de luth,
Assis sur la dune de sable n’a pas cessée.
Elle est noyée dans les baffles
Où saturent en grésillements infernaux
La position chaotique sur la bande
Frénétiques fréquences
Aucune station n’est jouée,
Elles hurlent toutes à la fois.

Nous sommes absents aux cordes du luth,
Au sitar tranquille,
A la kora joyeuse

Qui vibrent loin de la ville.

Franck

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