Il faut bien commencer quelque part. Autant partir de là où l’on se trouve au moment où l’on parle.
Dans ce cas, ce sera le zen.
Sous mes yeux, les premières lignes du Shin Jin Mei, texte du Ch’an (Zen) écrit au VIIè siècle:
« Pénétrer la voie n’est pas difficile,
Il ne faut ni amour, ni haine, ni choix, ni rejet »…
Ces lignes sont un magnifique trésor dont l’aspect peut sembler brutal.
Un diamant emballé dans du papier journal.
Un des premiers enseignements dont j’ai pu être le réceptacle portait sur les « boundless states ». Il était donné par des pratiquants de Vipassana (Insight Meditation).
Cette approche, ces mots, cette pratique me semblait tellement emprunte de bon sens, tellement dégagée des liens dogmatiques qui par ailleurs m’étouffaient, que je ne pus qu’être séduit.
Les quelques mots du Shin Jin Mei, sont l’occasion de rappeler la simplicité et de revisiter cette douceur dans un souffle nouveau.
Les boundless states, tels qu’ils étaient formulés sous les mots de l’enseignante sont en fait un fondement des pratiques bouddhistes.
Par ailleurs, il ne s’agit pas d’un ‘apport’ du Bouddha, puisque que ces « états » sont déjà présent dans les Yoga Sutra de Patanjali ou dans les Upanishads de l’hindouisme. Il est dit que les sages de l’hindouisme qui enseignaient ces quatre vertus étaient en réalité des incarnations du Bouddha.
Au cours de cet article et des suivants, d’inattendus parallèles seront dressés entre les vues de Gautama (Bouddha) et de Jésus (Christ).
Il s’agit de piliers fondamentaux dans la tradition. Les murs que l’on agence entre ces piliers et les formes de toits peuvent varier, mais ils constituent une assise profonde, heureuse, solide à ces différentes expressions.
Ces états sans limite, sont traditionnellement appelés ‘les quatre Bramavihara‘, littéralement, les demeures de Brahma.
De là à parler de Royaume des Cieux, il n’y a plus qu’un pas, qui vient d’être franchi.
Quelles sont ces quatre vertus ? Sous quatre angles qui en fait n’en forme qu’un, elles nous invitent à nous positionner au monde.
C’est une manière de se mettre au monde. Nous enfantons notre nouvel être.
Poitrine, tête et tronc, nous embrassons l’univers et commettons les quatre souhaits suivants:
-Metta, le bonheur de tous, (la bienveillance universelle)
-Karuna, la libération de la souffrance pour tous, (la compassion pour le monde, voir la souffrance de l’autre)
-Mudita, l’expérience de la joie pour tous (partager la joie de l’autre)
-Upekkha, l’équanimité…pour tous et dans l’application de metta, karuna, mudita.
(C’est l’espace qui recueille les différences dans les manifestations.)
Ces quatre vertus peuvent aussi apparaître comme le terreau matriciel des quatre nobles vérités du bouddhisme… La pratique de Karuna ouvre sur le constat que « tout est souffrance ». Les freins à mudita et upekkha que la pratique permettent de faire la lumière sur l' »origine de la souffrance: l’attachement ».
Avec l’intensification de la pratique des Brahmavihara, nous comprenons que « ces freins peuvent être levés… », et entrons naturellement dans les pratiques du l’Octuple Sentier.
Comme mentionné en introduction, ces 4 vertus, qu’il appartient de cultiver sont dites en anglais « boundless »: elles ne connaissent pas de limites dans leur application.
Cette disposition est si importante qu’elle constitue à elle seule une des « demeures divines » (upekkha)…
De par mon expérience, c’est par la lorgnette de ce dernier visage , nommé parfois ‘équanimité’, qu’on le peut le mieux percevoir la profondeur des 3 autres faces.
Tout au long de ce triptyque d’articles, c’est cet aspect qui sera le plus mis en avant, précisément pour son aptitude à faire parler l’ensemble.
En abordant l’incommensurabilité de ces demeures, nous débouchons naturellement sur l’infini, la non-mesure pure.
Si rien n’est exclu, rien n’est inclus…alors nous voguons le long des vagues infinies de l’océan de vacuité.
C’est l’occasion de remarquer que le vide (ku/shunyata) est en fait autant ‘rien’ que ‘tout’. Là où il y a universalité, il y a vacuité.
Irions-nous jusqu’à dire qu’universel, non discrimination et vide sont synonyme ?
Ici encore, il n’y aurait qu’un pas à faire …
C’est la négation de cet universalisme qui n’est pas très catholique (katholikos = universel).
Avant de recevoir les premiers cailloux jetés par les guetteurs anti syncrétisme, relisons plutôt les premières lignes du Shin Jin Mei: « ni amour, ni haine, ni choix, ni rejet »
C’est cet esprit de non-discrimination dont il est question et que nous allons détailler.
Voici la puissance d’upekkha qui entre en action.
Cette pratique lors de la méditation peut très bien se passer de mots.
Cependant les mots peuvent être un appui, une canalisation..
Plusieurs versions et traductions sont proposées.
Selon le pratiquant, certaines sembleront plus spontanées que d’autres…
Voici une proposition. C’est une version courte:
« May all beings be happy, may the causes of their suffering be removed, may they always be joyful, and may they all remain in a state of equanimity.”
Librement traduite en français (Il ne s’agit pas d’une recommandation émanant d’une référence quelconque, simplement d’un reflet de ma compréhension)
« Que tous les êtres puissent être heureux,
Que les causes de leur souffrance disparaissent,
Qu’ils demeurent dans la joie
Et accueillent la vie sans limites »
Suite: Les Quatre Faces de Brahma (2/3)
Franck

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