Les Arbres et le Vent

Dans le cadre de mon activité professionnelle, j’ai rencontré cette phrase :
« Correlation does not mean causation » : Ce n’est pas parce que les choses sont liées que ce lien est un lien de causalité.
En d’autres termes, co-incidence de deux phénomènes, ne signifie pas lien de cause à effet, ni forcément coïncidence.
Entre logique implacable et absence de sens…se déploie tout un spectre de relations.


 

Au détour d’une route empruntée lors d’un retour de promenade, la vue s’ouvre sur des arbres que le vent agite. Ils ondulent gaiement en tous sens. Depuis derrière le pare-brise, nous ne pouvons entendre le frétillement joyeux des feuilles frottées les unes contre les autres.
Il nous semble pourtant que ce son énergétique parvienne jusqu’à nos oreilles en cette fin d’après midi printanière.
Par dessus le bruit des vibrations du moteur, j’entends, en mono dans l’oreille gauche, la question innocente, venue d’on-ne-sait-où (d’où on ne sait tout) ?

– « Papa, comment les arbres font du vent ? »

A cet instant, entre le paysage agité et mes yeux, se plaque sur le pare-brise la fameuse phrase : « correlation does not mean causation ».

Mon fils (de 5 ans, toujours le même, voir liens ci dessous)  est tombé dans le piège (biais cognitif) qui consiste à croire que lorsque deux choses se produisent de manière simultanées, l’une est la cause de l’autre.
Les arbres ne font pas le vent…

Il me fait bien avouer qu’à l’instant de la scène, tout comme à celui où ces lignes s’écrivent, je suis bien incapable d’expliquer un phénomène aussi commun que le vent…Alors je fais ce que je peux : de l’apophatique….comme la tradition théologique du même nom, je dis ce qui n’est pas, ne pouvant dire ce qui est.

-« Ce n’est pas les arbres qui font le vent, enfin… »

Nous voilà donc bien avancés.

De retour chez moi, je repense à cette question et me dit que, souvent nous avons exactement le même type de raisonnement biaisé, lorsqu’il s’agit d’apprécier, non pas les phénomènes naturels, mais les comportements de nos semblables.

La méchanceté, l’agressivité semblent jaillir des personnes en colère.
Ces manifestations comportementales et émotionnelles donnent l’impression d’appartenir à ceux qui les expriment. Exactement comme les arbres semblent faire sortir le vent de leur feuillage.

Le vent, en réalité, ne fait que passer par les arbres et les secouer au passage.
Ils sont sur son chemin et subissent les frais de ses remous ou le rafraîchissement de ces courants, selon les attributs propres à l’air en mouvement.

Méchanceté, agressivité (les remous), s’expriment à travers ces personnes mais elles n’en sont pas l’origine.
Ces émotions trouvent en elles un terrain favorable permettant leur perpétuation.
A l’échelle des individus qui, l’espace d’un instant, en deviennent les vecteurs, il ne s’agit pas pour autant de nier toute causalité.

Leur sphère de responsabilité se situe dans l’entretien d’un terrain propice à l’expression de ces vents émotionnels.
Ils maintiennent rougeoyantes les cendres de colère, ce qui assure qu’au moindre coup de vent extérieur, la forêt s’embrasera de nouveau.

C’est ici que la spiritualité est profondément non spirituelle.
C’est avant tout autre chose un domaine très pratique et concret.
Sa matière première est le quotidien.
A chaque instant, qu’est ce que je fais de la parcelle qu’il m’est donné d’entretenir, de cultiver, s’assainir ?
Les déchets de mon environnement, ceux liés à mon activité s’y amoncellent ?
Qu’est ce que je fais pour les traiter, les recycler ? Comment puis-je remettre du mouvement dans mon écosystème intérieur et empêcher la stagnation des impuretés ?
Est ce que l’état de mes sillons permettent à l’eau qui coule en amont de ma parcelle de s’acheminer à travers elle et d’irriguer les graines que je souhaite voir pousser ?

Par la méditation, nous pouvons observer tout cela.
Bien souvent, l’observation apaisée suffit à dissoudre les déchets, à prévenir l’accumulation, à déboucher les sillons, à éteindre les cendres rougeâtres pour les laisser fertiliser la terre.
Comment cela se passe-t-il ?
Pas la moindre idée, toujours est-il que cela se passe.

La prochaine fois que vous verrez le vent des émotions agiter les feuilles et le tronc de l’individu sur son passage, ne pensez pas, par innocence, que les arbres font le vent…

Franck

Autre question d’enfant: Un Tas de Briques, avec des Yeux
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