Un monde meilleur…

Note préalable : un « monde meilleur », cela ne signifie rien du tout.
Cette expression souffre d’une double défaillance : 

-elle est toujours relative : meilleur que quoi ? Par rapport à quoi ? 
-elle est aussi subjective : meilleur pour toi n’est pas forcément meilleur pour moi.

En cela, sous couvert de bienveillance, ce monde meilleur est (un petit peu quand même) brutal.


Tout le monde veut « faire un monde meilleur ».

Coté élites,
Certains hommes à touffe, convaincus que le monde était mieux dans le passé que ce qu’il nous donne à voir aujourd’hui, souhaitent le rendre « great again »,
D’autres encore, dans la vallée siliconée, veulent faire de notre monde « a better place »,
Depuis les estrades d’écoles, on façonne notre optimisation à évoluer dans une vision du monde.
Depuis les autels d’églises, on distribue les grilles de lectures, favorables au maintien des p(r)êcheurs.
Depuis les écrans, on déverse douceurs, sucreries et vaseline, pour que l’expérience soit douce, ou moins rugueuse.

Coté peuple, 
Nous votons, pour que le pays se réforme,
Nous manifestons, pour ne pas qu’il ne se déforme,
Nous argumentons pour inviter l’autre de force dans notre monde.
Nous contre argumentons pour ne pas qu’il nous invite plus avant dans le sien.

De fait, rien ne change et le bruit, même s’il se répartit différemment selon les époques ou les régions du monde, s’équilibre toujours, et jamais rien ne change vraiment.
La souffrance mute mais ne disparaît pas.

Eglises, universités, télévisions, partis politiques, ou entreprises, aussi (banalement) « bienveillants » que soient ces acteurs, jamais ils ne feront basculer vers un monde meilleur. Ni au niveau individuel, ni au niveau collectif.

Ils sont irrémédiablement extérieurs à nous.
S’ils insufflent le changement vers un ‘monde meilleur’ dans nos pensées, nos habitudes, il ne sera que superficiel, et douloureux.

« Le changement, c’est maintenant. », nous disait-on en France il y a cinq ans (à grands renforts de tracts et d’accordéon).

Le changement, c’est en moi.
Car c’est moi qui vois le monde. Tant que l’expérience du retour n’a pas eu lieu, il ne peut advenir aucune transformation, car les jeux de perceptions et de projections restent implacablement identiques.
Sans doute, les facteurs exogènes induisent des modifications d’opinions, de positionnement ou de comportements mais ceux-ci sont le fruits des frictions sociétales ou résultent des stratégies psychologiques propres à chaque individu.

Par exemple, je peux pivoter mon point de vue sur une question contemporaine sans qu’il ne s’agisse d’une émanation réelle de ma nature profonde. Ce pivotement aura eu lieu car, socialement, au regard de l’image que j’ai ou qui m’est renvoyée de la société au sein de laquelle je me trouve, il est psychologiquement coûteux de ne pas adhérer à tel ou tel discours.

Le coût psychologique sera celui de l’ostracisation, ou du maintien d’une atmosphère de conflit au sein de mon groupe social.
Je choisis (inconsciemment) de ne pas le payer en pivotant stratégiquement mon identité publique.

Ces positionnements, contrairement à ce que l’on croit souvent, ne sont pas des marqueurs ni des composantes de notre identité profonde. Ce sont des outils psychosociaux, avec lesquels nous jonglons avec plus ou moins d’habileté.

Aussi, de manière apparemment contradictoire, il peut être salutaire, qu’à un « maintenant » ou à un autre, s’effondrent nos strates identitaires, nos croyances, nos comportements nos habitudes.
De cet écroulement peut naître un écoulement.
Une fois la dernière croûte percée, s’écoule enfin le magma tant contenu.

Depuis l’intérieur, enfin, observer le jeu des agencements obstinés venant de l’extérieur.
Ecouter les discours, les prêches et les conférences, sans qu’elles ne se déversent en nous et se calcifient d’une manière ou d’une autre.
Alors le béton ne prend plus.

Et le monde meilleur, le seul monde qui soit, advient.
Et le règne continue de venir.

Franck

Article lié: Le Fleuve des Mots pour Rien

3 commentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s