Chain of Fools : Des Chiens et des Hommes

Il est un comportement dont je me rappelle avoir fait lecture à une époque où je me passionnais pour les canidés de tout poils et les structures sociales de Canis Lupus :

-La morsure par dérivation

 Confronté à une agression de la part d’un congénère ou, plus largement, en provenance de son environnement, le chien, s’il lui est impossible de s’en prendre à la source de la nuisance (du fait, par exemple, de la laisse qui le lie à son maître), peut être amené à une morsure par dérivation : c’est à dire qu’il s’en prendra à un acteur de la situation n’ayant pas provoqué l’agression mais se trouvant à portée de dents.

Cette personne, qu’il s’agisse du maître ou d’un enfant qui passe, présente l’intérêt d’être présent et accessible et récolte en conséquence une belle morsure.
Comme des chiens, souvent, nous nous en prenons à nos congénères par dérivation. Celui qui fait les frais de nos comportements agressifs n’a, la plupart du temps, absolument rien à voir avec l’origine de notre chaos interne. Il est simplement là, accessible.
Le double intérêt est qu’il représente un support de réaction autre que la source, et qu’il est différent de nous mêmes…ainsi il nous permet à la fois de réagir et de nous préserver.

La nécessité, lorsque nous sommes confrontés à ce qui sème le trouble en nous est de réagir. Cette approche par dérivation nous permet de pallier à la frustration causée par l’absence de réaction (nous serions alors passifs et soumis) tout en minimisant les risques de représailles.
Une autre perspective, moins caninement perfide que l’on pourrait évoquer serait celle qui consisterait à mettre en lumière, non pas le retour à l’équilibre intérieur en réagissant sans réagir vraiment, mais l’appel à l’aide.

En agissant par dérivation, j’appelle à l’aide, j’appelle à l’autre, je l’invite de force dans mon chaos afin qu’il me permette de reprendre pied, de contrôler quelque chose à défaut de contrôler ce qui me chamboule.

Il peut être utile d’avoir cet aspect en tête lorsque nous sommes nous mêmes invités de force dans le chaos de l’autre. Cela nous permet de briser la chaîne des dérivations.
Sur ce collier de désordre les perles s’enfilent incroyablement vite.
En trois secondes, je recours à une agression de mon épouse, par exemple, puis je m’en prends à une enfant prétextant l’urgence de ranger la pièce, de se comporter correctement (appel à l’aide, appel à l’autre, appel à l' »ordre »)?

Enfin l’enfant réagit en s’en prenant à son plus jeune frère pour une raison sans relation apparente. La chaîne des morsures par dérivation se déroule.

Conscience et Compassion

Conscience et compassion ne sont pas deux chansons différentes mais deux pistes audios d’une même bande stéréo.
La présence de l’une fait émerger l’autre.

Si je me connecte à l’expérience intérieure de celui ou celle qui est en proie au désespoir de la violence (com-passion),  je prends conscience des mécanismes qui s’imbriquent et j’offre ma non-réaction, désamorçant ainsi les vents de violences.
Le domino dressé s’est aplani et la chaîne de destruction s’arrête.
Le vrai pouvoir n’est pas celui de l’emprise sur l’autre, ni celui de créer le chaos autour de nous. Il consiste à coucher le domino que nous tenons entre les doigts.

Et si je saisis ces fonctionnements au vol, si je les perçois dans leur fulgurance, je n’ai d’autre alternative que d’embrasser le désarroi de l’autre. Alors, celui-ci ne donnera plus lieu à une escalade ou à une dérivation de l’agressivité.
La violence est un appel à l’aide qui s’ignore.
Comme toutes les transmissions hertziennes, il peut être ignoré longtemps.
Il arrive cependant que les paraboles soient orientées dans la bonne direction, au moment opportun. Une fois le message perçu, il n’y a plus aucune raison de poursuivre l’émission.

Ces deux facettes d’une même compréhension, qu’elles se produisent dans un sens ou dans l’autre ne sont pas séparées par la durée, même minime, qui différencie la conséquence de sa cause.
C’est un même élan, un mouvement unique que l’on nomme parfois conscience, parfois compassion.

Franck

2 commentaires

  1. Très bon article ! J’aime beaucoup l’explication claire et précise. C’est tellement vrai en plus, on s’en prend parfois aux autres qui ne nous ont rien fait quand on est fatigué ou stressé. Si on en prend pas conscience de suite c’est l’effet papillon comme démontré dans l’article.

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