… Aux Fleurs (2/2)

Cet article fait suite à : Des Papillons…. (1/2)


Mélissa ne voyait pas la sensibilité qu’elle ressentait s’exprimer avec la même intensité chez les personnes autour d’elles.
Hormis les enfants, peut-être.
Dans le chamboulement qu’une phrase d’adulte provoque derrière les yeux de l’enfant, elle voyait un effet qui lui semblait comparable en amplitude à ce qu’elle vivait.

Elle faisait partie des enfants qui n’ont pas réussi à apprendre le bruit.

A aucun moment, pourtant, Mélissa n’était retombée en enfance.
Bien au contraire, maintenant qu’il lui fallait qualifier les années passées et ce qu’elles avaient modifié en elle, c’est bien le terme de maturité qui s’imposait.
Aux adultes qui peuplaient son environnement, il manquait la profondeur de vue.
En transparence, elle voyait les souffrances d’enfants derrière les jeux d’adultes.

Elle percevait ces jeux pour ce qu’ils sont en réalité : postures et manipulations infantiles.
Il y a beaucoup plus de maturité dans la manière qu’a l’enfant d’être en contact direct avec son matériel émotionnel que dans les subterfuges d’usage grossièrement empilés auxquels s’adonnent les adultes.
Mélissa se trouve ce soir face à cette enfance retrouvée, transcendée par son regard de maturité.

Elle aussi avait joué à ces jeux. Elle y était d’ailleurs devenue bien meilleure que les autres.
Tellement douée, qu’elle avait presque fini par gagner contre elle-même, c’est à dire à se perdre.

Assise au sol de la terrasse lentement irriguée par des restes de lumière urbaine, ses yeux diffus récoltent, ce soir encore, les papillons perdus.
Sans savoir quoi en faire à cet instant, et sans s’en inquiéter, elle les aide à se réchauffer comme elle peut.

Elle les abrite, les protège. Ils sont si fragiles et si prompts à s’agiter dans tous les sens au premier courant d’air.

Une idée la traverse. Il pouvait s’agir là, dans cette sensibilité libérée qu’elle éprouvait physiquement, du prix à payer pour avoir vu de l’autre coté des jeux et du bruit.
Peut-être se voyait-elle prélevée d’une taxe sur son âme, comme un reste de fruit défendu…

Puis elle comprit enfin qu’il ne s’agissait dans ces papillonnements indomptés, de rien de pervers.
Rien de semblable à ces lectures, marchandes et angoissées qu’on lui avait servies depuis si longtemps.

.
Un soin particulier.
Un bodhisattva pour elle-même.
Une fleur divine à écouter.

Il n’était plus possible pour Mélissa de ne pas prêter l’oreille.

Dans l’ignorance, la brute broie,
La sagesse oblige à l’accueil.

Depuis des milliers de cycles, la fleur sensible s’est faite arracher à peine commençait-elle à émerger du sol.
Enfin, elle rencontre un climat intérieur assez pur, doux et dégagé, suffisamment fragile pour la voir pousser.
C’est parce qu’elle trouve une terre de silence que la fleur s’exprime ainsi.

Mélissa comprend alors qu’il n’y a ni prix à payer, ni taxe prélevée, mais un incroyable cadeau à accepter.

L’âme sensible recueille la sensibilité
Seule la douceur peut caresser le doux
Il faut être fragile pour protéger le faible.

Franck

première partie : Des Papillons …. (1/2)

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