poprockelectrodance

Mer du Silence et Croûte de Bruit

Elle pulse grassement à mes oreilles.
En rythmes trop numériques pour être humains, elle tyrannise les tympans.

L’esprit du temps, sous des allures de décontraction et de relâchement des normes, est au régime policier.
Habillée de paillettes depuis le podium installé quelques dizaines de mètres plus loin dans la rue, la dictature sonore s’impose.
Obligation de fête et d’être dans l’esprit.

« Vous n’êtes pas dans l’ambiance ? » Semblent jeter les regards accusateurs des  chevaliers festivaliers.
Me voilà donc suspect.

Difficile de ne pas faire le parallèle avec l’équipe de France de football en ces temps de coupe (ou de championnat…) ?
Vous ne supportez pas l’équipe nationale, ni aucune équipe d’ailleurs ? (ah, ça non, je ne peux les supporter…)
Vous voilà donc suspect.

En fait, il n’y a rien de bien neuf, cela m’a toujours consterné.
Même lorsque j’étais insider de ce secteur en tant que musicien et contribuais ainsi au bruit, je subissais les injonctions de l’ambiance que je participais à distiller.
Mmmh …

La grande différence est qu’entre deux coups de grosse caisse synthétique, j’ai pu saisir ce qui m’irritait tant ( cf Dis-moi qui t’irrite…. ) et qui constitue le carburant de ce moteur pétaradant, le poussant à prendre toujours une nouvelle forme.

En réalité, qu’il s’agisse des stars mondialisées contemporaines aux noms exotiques ou des destinataires blasés — ou souvent décédés — d’hommages à répétitions (2018 – année Johnny…vous n’aimez pas Johnny ? Vous voilà encore une fois suspect…)

Dans ces deux cas, c’est l’enfant en nous qui est la cible. Plus exactement, c’est à l’infantile que l’on s’en prend, au puéril que l’on s’adresse.
Il ne s’agit pas de stimuler les capacités d’émerveillement en nous mais notre propension aux caprices, aux colères, aux disproportions égotiques à la dramatisation…


Voici une reformulation libre des paroles ramassées au grand marché de la musique rayons de la poprockelectrodance. :

Le Pop lover au piano : moi, ma vie : Oh ce que je suis triiiisteuh, 

La chanteuse RnB, vocoder et compresseur : Je suis pas n’importeuh qui, moi j’ai du caractèèèèreuuu (je me laisserai pas faiiiiireuuu).

La dance en soupe emballée par paquets de 12 pour l’été : La Ecouteuh moua bien, comment te comporter aveque les garssons, et comment les traiter…

Le rap maniaco dépressif, entre égo trip, pulsions agressives et tailladage de veines : Quand j’étais pti j’ai vraiment galéré, c’est moi qui a le plus souffert, t’as compris ou tu veux qu’on s’bat?!

Le pantin de la rebellion en carton, pensé et piloté depuis les bureaux du Major-System  : Les codes de la sociéétéé, je fais semblant de les mépriser, libre que je suis, je peux tou acheter.

…je reste dubitatif et pose, à la relecture de ces lignes, un regard circonspect sur cette séquence…mais elle m’a fait du bien. Je la garde au montage.


La culture pop, puisqu’elle naît du berceau des logiques marketing, est le langage de l’infantilisme (oui, la maturité est mauvaise consommatrice).
Sur la fréquence des passions, elle s’adresse à nous et nous grillage le champ d’expériences.
Elle le cantonne aux sphères faussement exaltantes du passionnel, à la niaiserie clairement débilitante où chaque composante devient motif à l’identification.
Comme si on n’était pas déjà empêtré jusqu’au cou… Rajoutons-en.

De moins en moins subrepticement (car notre bêtise lui facilite l’accès) elle s’insinue en nous et forge nos comportements. La musique pop sculpte les énergies qui se dressent en nous à son écoute.


A titre personnel, je déplore qu’avec toute la beauté que le monde offre, il y ait une telle demande pour le bruit, pour le brutal, pour le grossier.

Savent-ils qu’au delà des styles, des kits identitaires et du mass-management par le son,
Il existe une musique de beauté immediate ?
Au delà des produits sonores qui sont eux-mêmes les emballages des produits idéologiques (paroles, recettes comportementales),
Avant les sons primitifs, il est un son premier qui raisonne d’instinct dans nos structures physiques.
Au dessous de ces îles de beauté, où la paix des plages règne en douceur
sur l’âme autochtone, il est une mer de silence…

Franck Joseph
©FJ  May 2019

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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