Une Terre sans Histoire

-« Mais où vas-tu donc chercher tout ça ? »

A vrai dire, il ne s’était jamais vraiment posé la question. Il avait toujours eu l’impression que c’était plutôt tout ça qui venait le chercher.
Ne sachant quoi répondre il ne voulait se résoudre à livrer cette pirouette syntaxique en guise de réponse. Cela pourtant eut garanti son effet, mais n’aurait été rien d’autre qu’un petit jeu d’anguille. Ainsi, il ne parla pas en retour.
Il jour, il faut bien descendre de scène.
Il regarda son interlocutrice et se contenta de sourire légèrement.

De retour chez lui,  Walter repensa à cette question.
« Mais où vas-tu donc chercher tout ça ? »
Alors il fit la seul chose qu’il savait faire dans ces moments d’interrogation. Il se mit à chercher, crayon en main, une réponse.
Où le chercher ? Que répondre ?
Passons d’abord par: « pourquoi chercher ? » se dit Walter.
Pourquoi chercher ?
Parce que ça marche. A force de gribouiller, de grattouiller le papier autour d’une question qui passe, on finit par dessiner une forme de réponse.
Le guitariste aussi laisse traîner se doigt suffisamment longtemps sur le manche jusqu’au moment où deux accords dialoguent de manière magique. Il faut alors simplement se taire et les laisser poursuivre.

L’encre ajoutée aux grains de papier à l’effet d’un « révélateur émographique ».
Walter fit donc ce qu’il faisait toujours dans ces situations, à la différence près que, motivé par cette question de méthodologie (ou de géographie), il bénéficia d’un surplus de conscience. Cette fois ci, il se vit agir.

Alors il sut. Sur le blanc de la feuille déjà, il devinait les contours de sa réponse:
Il n’écrit pas, il lit, puis il recopie.

Il sonde son âme à l’inspiration et lorsque, poussé par l’expiration il refait surface, il pose les mots qu’il a trouvés en chemin.
La plongée est parfois familière et les mots s’y laissent voir clairement. L’eau est claire et il est même possible de les choisir selon les couleurs au menu  de l’esprit de la question.

A d’autres instants, l’eau est secouée par de violents courants.  Il faut alors s’accrocher à un rocher pour ne pas être emporté. Les remous sont tels qu’en effet, le plongeur peu habitué se verrait dériver dans les courants profonds, oubliant parfaitement ce qu’il était venu chercher.
Dans ces apnées de tempête, la vase, le sable, les herbes des profondeurs, comme autant de passions paniquées, tout s’agite intensément. Il lui faut prendre les quelques mots qui passent à sa portée et remonter pour les copier avant qu’ils ne meurent à nouveau.

Walter n’invente rien, il recopie.
A qui ces fonds appartiennent-ils ?
Et pourquoi les fruits de la pêche plaisent tant aux chalands ?
L’océan est à tout le monde.
Peut-être un jour, au large profond des eaux internationales, Walter croisera-t-il d’autres plongeurs de vérité ?

Cette géographie n’est pas historique, cette terre n’a pas d’histoire.
Et les mots déposés en surface par les chercheurs d’autrefois racontent un lieu d’aujourd’hui.

Franck Joseph


©FJ sept 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

 

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