Effondrement Serein

L’effondrement à venir : il est encore de nombreuses personnes pour en douter.

Étalons brièvement l’idée : à plus ou moins courte échéance et que ce soit à une échelle civilisationnelle ou individuelle…il ne fait aucun doute que tout s’effondrera.
Je répète, une fois, juste pour être sûr: tout s’effondrera.
Pire (ou mieux ?) : tout s’effondre déjà.

Visible ou non, la décrépitude, la décomposition est en marche.
Qui disait que la vieillesse est un naufrage ? Bref, c’est sans importance, tout autour de moi, en permanence, tout se « naufre ».

On pourrait en faire un plat pendant des heures, des jours, des années, des vies entières, que ça ne changerait rien à l’affaire.
« Le temps ne fait rien à l’affaire ». Enfin si, le temps est, en réalité, toute l’affaire.
Le temps, telle la déesse Guan Yin (Kannon, Avalokiteśvara) agite en permanence ses mille bras, ses mille mains.
Entre ses cinq mille doigts (1000 x 5), on trouve une multitude d’outils tous plus dé-constructeurs les uns que les autres :

-un tournevis, pour faire chanceler les articulations des corps,
-une clé à mollette, pour déboulonner les constructions mentales et les blocs d’arguments,
-du papier de verre, pour user les visages, abîmer les peaux,
-un maillet, pour mettre des coups fracassants et inattendus dans les belles voitures au feu rouge, et les trophy wives aux cocktails,
-un marteau, pour fragiliser les meubles de celui qui n’a rien,
-des pinces, pour enlever les restes d’appétit aux dents qui subsistent.

On y va, on y est.
Qu’on le sache ou non.
Qu’il s’agisse de nous ou des autres, de notre structure sociale ou professionnelle environnante ou que l’on parle des modèles économiques, sociétaux, des paradigmes philosophiques, des systèmes politiques et financiers.

Le naufrage est chose certaine. Il suffit d’ajuster la bague de focale en fonction de notre objet de discussion, ou de notre capacité de perception.

Les personnes qui le nient ou l’ignorent présentent une contre argumentation pour le moins pathétique (sens initial) — c’est à dire qu’il est difficile de ne pas ressentir de la compassion pour la force avec laquelle ils s’accrochent et élaborent des stratégies de type : « si je fais cela, alors dans mon cas, il n’y aura pas d’effondrement ».

Cette réaction de survie se construit au niveau individuel (fréquenter les salles de sport, s’échiner à un plan de carrière, coller à telle vision censée nous préserver de l’échéance) ou collectif : poursuivre nos comportements de consommateurs pollueurs, s’agripper à plus grand que soi — équipe de foot, entreprise, nation, idéologie quelconque (croissance, développement durable, croissance verte, libéralisme économique, « isme » quelconque…). Elles relèvent toujours d’une ingénierie du déni.

Les systèmes s’effondreront, de manière inéluctable, ne serait-ce qu’en vertu de l’implacable seconde loi de la thermodynamique (entropie).
Ce constat est volontiers catastrophiste.
Pourtant, ce n’est absolument pas une grande nouvelle.
Il ne s’agit pas de jouer les Cassandre ou les oiseaux de mauvaise augure désabusés : simplement de voir ce qui se trouve devant nos yeux, une fois ôté l’empilage de filtres occultants.


Les systèmes financiers, productivistes, bancaires, éducatifs, managériaux, politiques sont, du fait même de leur statut systémique, voués à l’extinction.
Leurs conséquences psychologiques, écologiques et spirituelles, de la même manière, sont parvenues à maturité, ont dégénérées, puis s’effondreront.

Cet ensemble-réalité Système + Conséquences a été permis par un assemblage complexe de conditions.
Les systèmes, aussi lamentables et destructeurs soient-ils, ne sont pourtant que l’expression, la fidèle transcription dans le réel du système intérieur qui les sous-tend.

Rien de neuf, disions-nous.
La grande nouvelle, cependant, c’est que la disparition de ceux-ci révèle que la balance des mécanismes créateurs en faveur de l’égo, ceux-là même qui ont engendré ce monde, tend à s’inverser.
Lorsque les affres de l’être-depuis-l’égo apparaissent collectivement à la conscience des agents créateurs, les conséquences s’éteignent du simple fait qu’elles ne trouvent plus matière à s’alimenter.

Le Bouddha Shakyamuni disait: « Ceci cessant, cela cesse »

Lorsque l’égo se révèle comme n’ayant jamais été, les fruits de cette croyance cessent d’apparaître. La simplicité et la puissance du processus est émouvante.

Comment se fait-il que le vent du matin porte cette odeur de fracas ?
N’est-il pas envisageable que le manque hurlant d’humilité se paie autrement que dans le bruit et le chaos ?
Il semble que ces conditions de chaos aient elles-mêmes été programmées dans les systèmes de l’égo. Le fort attachement à ces rouages serait à  l’origine de l’effondrement brutal et brouillon.

Je crois pourtant que les agents créateurs peuvent faire émerger une transition, dans le collectif, et le coopératif, dans la compassion et la douceur, de la même manière qu’il est possible à l’être humain de s’éteindre en paix et en sagesse.

Les privilégiés seront ceux n’ayant jamais été agrippés aux barreaux de l’échelle. Plus ils seront bas, plus la chute sera douce lorsque l’échelle se renversera …

…et plus l’œuvre intérieure sera amorcée, plus le livre intérieur sera écrit/lu, plus ces hommes, ces femmes et ces enfants seront, de fait, dans une autre réalité.

Franck Joseph

©FJ Aug 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

3 commentaires

    1. Merci à vous.
      back-gassho !

      Votre commentaire a été l’occasion d’une visite de contrôle pour cet article assez ancien.
      Plusieurs fautes qui s’y dissimulaient avec disgrâce ont ainsi été débusquées.
      Il faudrait trouver un moyen pour que les textes, comme les fils des sutures se résorbent seuls…

      J'aime

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