Paraboles au Microscope

Les paraboles sont toujours le fait de mots.
En cela, elles sont limitées au regard de ce qu’elles visent à pointer.
Ne serait-ce que pour cette raison, elles ne peuvent être approchées en écoutant les mots.
Les mots n’ont rien à dire.
C’est pour cela qu’il faut s’en approcher :

Par leur nature, les mots désignent des phénomènes extérieurs.
Les mots du quotidien, même s’il s’agit des mots techniques ou des concepts pointus, n’ont pas l’intention de communiquer sur ces sujets intérieurs.
Ces mots du quotidien sont des outils du dehors pour parler du monde du dehors.

Les mots des paraboles, sont les outils du dehors que l’on utilise pour communiquer sur le vécu intérieur.
L’échange verbal ne peut être bâti qu’avec ces briques extérieures.
Puisque les paraboles, par nécessité de transmission enfourchent ces montures, elles sont à la fois potentiellement puissantes, du fait de ce dont elles se réclament, et piteusement décevantes, du fait de ce qu’elles semblent donner à entendre.

Chercher dans les mots une voie de profondeur, revient à chercher un angle droit en tournant le doigt le long du tracé d’un cercle.

D’autres modalités d’échanges sont possibles, mais elles n’attendent rien des mots. Si ces modes subtils les empruntent, c’est pour y voir au travers, comme le laborantin grossit encore et encore son objet au microscope jusqu’à percevoir au travers de l’atome.

Derrière le matériel, entre les atomes, l’espace.
Derrière les mots, entre le grain de l’encre des lettres,
Entre les ondes du timbre des sons,
Le réel.

Le recours usuel au langage, comme support communicationnel en soi, est invariablement source de frustration.
C’est pour cela qu’il ne faut pas attendre du langage et des mots davantage que ce qu’ils sont en mesure d’offrir.
La relation des profondeurs, s’il lui arrive de se vêtir de mots, sait parfaitement que même les plus beaux, les plus précis d’entre eux sont au mieux une ébauche de la réalité.

Ils évoluent sur le souffle de l’esprit, les vagues de la pensée.
Le souffle de l’Esprit se passe de mots et ne s’inspire correctement que lorsque les débris frétillants de mots se taisent.
Notre pensée, pour peu que nous l’observions un instant, est composée de mots. Ces interfaces entre nous et le monde sont les croûtes mouvantes du magma des pensées.

Sans le média des mots, le souffle intérieur communique hors du temps.
Il n’y a pas que les mots qui représentent le doigt que l’idiot regarde quand le sage pointe la lune.

Le langage est le doigt
La pensée est le doigt
Les vents de la pensée sont le doigt.
La Lune est silence.

Franck Joseph


©F.J oct 2018

Lien vers les Recueils en version papier :  RECUEILS

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s