Le Fil de Soi

Alors qu’ils marchaient côte à côte, Matthieu revînt sur le terme qu’elle avait employé au matin:
« -Cette ouverture dont tu parles est ce qui apparaît lorsque les faux-semblants et les lumières chatoyantes s’estompent, à mesure que l’on approfondit la descente en Soi.
La plongée silencieuse, le long du câble inoxydable, incassable de notre nature est progressive. Alors que l’on s’enfonce, l’eau se rafraîchit, et la lumière disparaît.
Les plages ensoleillées de nos promenades d’été, arpentées par mille vacanciers guillerets sont un lointain souvenir.

Une fois que nous avons traversé ces couches de solitude inhospitalière, nous redécouvrons la chaleur de la lumière sous un autre état.

Directement baignés de conscience pure, dans les grands fonds du Soi, qui reste-t-il ?
Si les remous de surface s’observent toujours, leurs tourbillons ne peuvent suffire à troubler le calme des abysses.

Tu vois Mélissa, je crois que le principal est d’opérer ce retour, de se mettre en pratique….c’est à dire de ne pas se laisser leurrer par les raccourcis, aussi soyeux soient-ils. Les raccourcis sont toujours un détour par l’extériorité.
Le mécanisme qui les sous-tend vise à un barbotage de surface, où l’on se laisse leurrer par les éclats du soleil dans le clapotis de l’eau, alors que l’on regarde nos pieds immergés.

Et ne crois pas que les solutions spirituelles qui nous sont offertes sont exemptes de ces raccourcis.
Bien au contraire.
Il est bien moins évident des les débusquer, de les reconnaître comme tels, puis surtout de les accepter lorsqu’ils sont ainsi scellés dans ce qui constitue souvent une ultime bouée de sauvetage lancée dans notre quotidien.

Dans ton œil, il est une force puissante qui autorise et entretient ces raccourcis : tu lances  ainsi la corde de ta bouée sur celui que les autres regardent avec plus d’intensité, ou qui aime à se montrer et tu l’appelles à l’aide.

Il parle bien, emploie les mots que tu souhaites maîtriser. Il reçoit ce pouvoir.
Depuis sa barque, il distribue boissons et sandwichs à qui tend les bras, mais ne sait pas nager seul.

Il faudra aussi que tu saches voir cela, que tu aies le courage de tenir ta propre main, vers le câble de plongée.

Le long de ce fil ondule la vibration première. Ta main saura la reconnaître.

Il faut pour cela qu’elle ose s’aventurer en dehors des embarcations communes.
Qu’elle lâche les rames qu’on lui tend. Toutes ces mains sur toutes ces rames sont le seul carburant qui entretient la course de la barque, à la surface de l’océan.

Lâche les rames.
Ce navire ne va nulle part vraiment. Le capitaine aime sentir le vent dans ses cheveux quand le navire avance.
Laisse les entre eux.
Il faut que l’œil sourie au soleil couchant pour que les mains osent lâcher prise.
Tant qu’ils fixent tous la bouche du capitaine, tu ne peux rien pour eux.

Souris, et détends tes mains.

Il faut ainsi passer par dessus bord.
Plonger dans l’intériorité.

Cherche la conscience-racine.
Remonte le fil de Soi.

 

Franck Joseph

 


©F.J Nov 2018

Lien vers les Recueils en version papier : RECUEILS


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