Qui regarde le Jardin Zen ?

Dans le jardin de cailloux, les habitants vont ici, puis vont là,
Ils enfantent et meurent, travaillent et se reposent.
Et celui qui passe la bordure,
D’où verra-t-il le jardin ?

Et si nos vies successives, au travers desquelles nos énergies, pensées, actions et paroles, prolongeaient leurs mouvements, non pas le long d’un axe temporel, mais instantanément….?
…Si notre karma, si tous les karma s’actualisaient maintenant, depuis la nuit des temps et pour les siècles des siècles, s’ils étaient en réalité tous manifestés simultanément dans le monde-ici ?

Cela ne changerait rien aux dynamiques des causes et effets, et constituerait un équilibre gigantesque, ultra complexe, de type effet papillon, où l’ensemble s’adapterait en permanence aux soubresauts les plus infimes de ses parties.
Cooccurrence ou occurrence consécutive, cela dépend du mode de saisie.
Mais, au final, quelle différence ?

Que le facteur temps s’injecte dans le système (donnant ainsi plus de visibilité, de lisibilité) ou qu’il en soit extrait, cela ne change rien.

Comme l’horloge est l’outil permettant de vivre le temps,
Peut-on envisager le temps comme l’outil conceptuel permettant de vivre la vie ?

(Comme l’horloge n’a pas la moindre légitimité ontologique à rendre compte du temps, en dehors de la valeur que nous convenons tous tacitement de lui accorder,
Le temps n’aurait aucune valeur autre que celle que nos fonctionnements psycho-émotionnels lui confèrent, lorsqu’il s’agit de rendre compte de la vie, des vies, du réel…)

S’en suit une série de décentrages, semblables à ceux connus dans l’ « histoire » — européenne — de l’humanité : géocentrisme, héliocentrisme, anthropocentrisme ….

Le modèle consensuel de l’individu, tout aussi arbitraire, ne saurait tenir.

Ce que je pensais être ma vie, s’inscrit dans mes vies successives,
Ce que je pensais être mes vies successives, s’inscrit en dehors du temps,
Ce que je pensais être le temps, émerge de nos vies collectives,
Ce que je pensais être nos vies collectives, cela a-t-il une existence ?

Cette ensemble-monde représenterait un équilibre en mouvement, un mobile immobile.
Nous y vivrions nos vies simultanément en n’ayant la plupart du temps qu’une conscience extrêmement rétrécie de ce processus, celle de notre identité familière.

Celle-ci reproduirait à son échelle les liaisons causales à l’échelle de l’ensemble.
Les résonances fractales se perdraient comme les harmoniques de la note jouée innocemment.

Nos émotions, paroles, comportements déséquilibrent notre personne.
En permanence, cet infra ensemble s’adapte et se régule, au delà de notre portée usuelle.
Saurait-on cesser d’agiter les bras ?

Similairement, d’une vie à l’autre dans une conception de transmigration, je ne sais qu’être celui que je suis au moment de le noter. Ma conscience est rétrécie au champ d’expérience de cette personne.
A moins qu’il en aille différemment dès lors que je suis en mesure de le noter ?

Ainsi, l’interdépendance et la conscience étroite restent constantes dans les conceptions traditionnelles (successives) ou simultanées.

Cette vision suggérée ici devient subitement pertinente si nous la superposons au premier des vœux du bodhisattva (cf Bodhisattva: Parce qu’il n’y a rien d’autre à faire.) et aux termes du Mahayana selon lesquels je ne peux être sauvé, connaître le nirvana tant qu’il demeure des êtres en souffrance.
Effectivement, dès lors que dans cette « transmigration » simultanée, les autres sont des versions causatives de (ce que j’expérimente comme étant) moi-même, le point de vue du bodhisattva devient élargissement de conscience.

Cette dilatation l’ouvre sur les mécanismes en jeu des imbrications infinies…
….et sur la possibilité d’en sortir.
Cet ensemble monde n’est lui-même qu’une partie d’un ensemble au sein duquel son existence n’a pas de réalité.
La réalité naît de cette réalisation.
En deçà de cette réalisation, l’illusion.

Franck Joseph

 

articles en lien :
Bodhisattva: Parce qu’il n’y a rien d’autre à faire.
Sutra du Centre de la Pupille
Tout est Souffrance. Joie du Bouddhisme.
Dans les Yeux de Jésus


©FJ oct 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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