La Messe est Partout

Envisageons ici l’eucharistie, dans sa simplicité originelle.
Jésus souhaitait laisser à ses disciples une pratique épurée : celle du retour à l’être.

N’allons pas empiler des siècles de concepts, d’interprétations, toutes justifiables dans le contexte des esprits qui les ont fait naître et de ceux qui les défendent.
L’objet de ces lignes n’est pas polémique.
Sans nier ces systèmes, il est possible de proposer une façon directe, naturelle de reconsidérer ce pain, ce vin que l’on partage.

Celui qui partage « en mémoire de [Jésus] », dans un esprit de sincérité, dans le souffle et la vigilance agit dans les sillages du Maître.

(Pneuma et Aletheia, comme le suggère Jean-Yves Leloup dans un de ses ouvrages, s’interprètent possiblement comme ‘souffle et vigilance’, peut-être plus spontanément que comme l’obscure proposition faite dans les traductions répandues : ‘en esprit et en vérité‘.)

Il est possible de percevoir l’eucharistie comme l’acte le plus simple et le plus naturel, d’un rappel à l’intériorité. Chaque repas, alors, devient l’occasion de cette ré-harmonisation profonde. Qu’il y ait effectivement partage de pain ou pas.

Cet aliment peut être compris de manière métonymique : il représente l’alimentation (et le vin, la boisson) en général. Il est le mets simple, amical, convivial, spontané.

Libre à tous de le décliner selon les lieux, les époques et les saisons.
Irions-nous jusqu’à dire que le thé que je partage en conscience, dans l’esprit de l’Esprit, est eucharistie ?

« Vous ferez cela en mémoire de moi ».
C’est à dire : afin de vous mettre en présence de Dieu, de raviver l’essence.

La communion, c’est se laisser être en présence de Dieu.
Dans la simplicité de notre nature divine, écouter sa présence.

Dès lors, nous ne consommons plus quelque chose qui nous manque. Par le détour de l’extériorité du « fruit de la terre et du travail des hommes », nous renouons la conscience avec le fleuve divin.
Il n’avait pas cessé de couler un seul instant. Si nous ne l’entendions plus c’est que nous nous étions perdus dans les détours inconscients.

Par le manifesté, revenir au non manifesté.
Et la messe est partout.

Franck Joseph

Article lié : « Notre Seigneur »


©FJ Nov 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

8 commentaires

  1. Je découvre aujourd’hui votre message, qui fait sourire mon cœur car, voyez-vous, cette tendresse ne m’appartient précisément pas : elle est effectivement l’espace de circulation de l’Esprit, elle vient de Dieu Lui-même. J’offre ce que j’ai d’abord reçu, très simplement. Et je me réjouis de lire que vous l’avez perçue à travers moi, cette tendresse divine : cela signifie que Dieu trouve ma demeure intérieure suffisamment digne pour daigner y entrer et peut-être même y vivre. Pour moi, cela est tout. « Il faut qu’Il croisse, et que je diminue », comme dit saint Jean-Baptiste dans l’Évangile (Jean 3:30). Vous le disiez vous-même, d’ailleurs… 🙂

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  2. Bonsoir Franck,

    Si tout repas peut être une occasion de rencontre authentique avec l’autre (c’est-à-dire une expérience spirituelle, une communion), dans les faits, vous le savez, c’est rarement le cas. Votre réflexion me trouble, car il y a tout de même un profond mystère dans l’eucharistie, un mystère qui n’existe pas dans tous les repas : Jésus est le pain de vie, comme saint Jean le dit dans son évangile, au chapitre 6 (versets 32 à 35) :

    « Mais Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c’est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel. Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là ! » Jésus leur dit : « C’est moi qui suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n’aura pas faim ; celui qui croit en moi jamais n’aura soif. »

    Vous parlez de « retour à l’être » : nous pourrions dire qu’un repas classique peut être, en effet, un retour à l’être, mais que le repas eucharistique, quant à lui, est un retour de l’Être en nous, c’est-à-dire du Verbe. Qu’en pensez-vous ? Je pense que cette nuance est fondamentale. Sinon, malgré votre désir manifeste de ne pas polémiquer, vous risquez de vous heurter à des réactions hostiles : si la Cène valait tous les repas, elle qui a fondé la sainte Église chrétienne, alors nous serions tous des chrétiens ! Ceci réjouirait mon cœur amoureux de Jésus, mais il n’est pas d’amour sans liberté et, précisément, nous sommes libres de suivre, ou non, le Messie. L’Esprit, qui souffle où Il veut, peut cependant descendre sur n’importe quel repas… et la Cène introduit une rupture dans l’histoire humaine, une rupture qui est d’abord un immense don d’amour du Père.

    Autrement, avez-vous connaissance du miracle de Sokółka ?
    Il pourrait grandement nourrir votre réflexion, si tel n’est pas le cas.

    Au plaisir d’échanger !
    Charlotte D.

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    1. Bonsoir Charlotte,

      Merci de noter mon souhait de ne pas polemiquer…je pense en effet qu’au cœur de la polémique se niche l’esprit même de souffrance, et les dynamiques infernales desquelles il nous appartient de nous extraire…

      Entre nous, sur une tonalité plus personnelle, c’est d’ailleurs cette composante forte du cœur prosélyte des croyants, fussent-ils de « bonne foi », qui m’a causé tant de désarroi et de perplexité, et initié une quête en dehors des chemins.

      Je pense que le Christ irrigue bien au delà des enclos chrétiens. Sauf si, nous sommes effectivement « tous chrétiens ».
      Auquel cas, quel en serait le sens ?
      Et qu’en serait-il de l ‘importance des dénominations de chapelles ?

      Pour autant, en dehors des considérations balisées, et de nos réflexes de language de part et d’autre, je ne vois pas ce qui nous sépare. Votre commentaire s’achève sur :
      « L’Esprit, qui souffle où Il veut, peut cependant descendre sur n’importe quel repas… et la Cène introduit une rupture dans l’histoire humaine, une rupture qui est d’abord un immense don d’amour du Père ».
      Je pense que fondamentalement, nos propos sont alignés.
      Sans nier l’historicité des évènements de l’Evangile, c’est davantage leur portée symbolique, archetypale, spirituelle qui me porte.
      Cette dimension est hors du temps.
      Si l’Esprit, comme vous le notez, souffle partout, il souffle aussi toujours. La différence est alors l’écho que je lui donne, l’accueil que je lui fais, en cœur et en conscience.
      ( Le téléphone sonne en permanence, mais si je ne décroche pas…)

      Cette dimension d’accueil est ma pratique. Il arrive que certaines des successions de mots dans ces publications le reflètent efficacement.
      Souvent, un bouillon instantané ..

      Je ne suis pas familier des références que vous me suggérez … Il faut que je m’en enquiers.

      Merci beaucoup pour votre lecture attentive ainsi que pour cette occasion de préciser des traits de crayons jetés souvent rapidement et dans la vigueur d’un élan où la précision et l’égard nécessaire au lecteur inconnu peinent à se faire une place…
      C’est votre considération qui confère l’intérêt que le texte attendait de produire.

      Très bonne soirée à vous
      À bientôt
      F

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      1. Bonsoir Franck,

        Ne pas noter votre souhait de ne pas polémiquer aurait été indélicat, tout simplement.

        Comme je vous comprends, quand vous parlez d’initier une quête spirituelle en dehors des chemins… Pendant près de dix ans, je n’ai plus fréquenté les églises, ayant été largement dégoûtée par une éducation catholique qui, en vérité, était surtout une imposture. Et puis, Jésus m’a mise à genoux, dans une chapelle aménagée au cœur des falaises de l’Aude… Je ne m’y attendais pas. Mais, quand vous expérimentez une telle conversion (j’ose le mot !), toutes vos résistances se font la malle. Jamais encore je n’avais perçu, avec une telle acuité, combien, en effet, les évangiles vont au-delà du sens premier des choses. À cet égard, vous pouvez faire quelques recherches au sujet des quatre sens de l’Écriture (de mémoire, il me semble que l’entrée Wikipédia est assez bien faite) : vous trouverez là, je pense, matière à nourrir votre réflexion, car ce que vous dites au sujet des évangiles s’inscrit parfaitement dans la logique du christianisme, notamment à travers la pratique monastique de la Lectio divina.

        Vous parlez de désarroi et de perplexité, comme si cette « bonne foi » vous laissait pour ainsi dire sur le seuil d’une immense demeure dont vous n’auriez pas la clef. Eh bien, mon frère, soyez rassuré vis-à-vis de mon humble personne : je crois fermement que la seule clef est l’amour. « Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est amour. » (Première lettre de saint Jean, chapitre 4, verset 8) Et, comme je vous l’écrivais hier : il n’est pas d’amour sans liberté. Ainsi, ces chrétiens de bonne foi (l’expression étant en italique dans mon esprit) ont tout simplement oublié de vous aimer, c’est-à-dire de respecter l’expression de votre liberté. Ce faisant, ils ne servaient déjà plus le Christ… hélas. Vous avez donc parfaitement raison de dire qu’Il irrigue bien au-delà des enclos chrétiens. En vérité, je vous le dis : ceux qui servent le plus Jésus, bien souvent, ne se revendiquent pas chrétiens… J’ai connu bien des athées, notamment, qui étaient plus chrétiens dans leur vie que ceux qui se revendiquaient comme tels ; cela laisse songeur…

        C’est pourquoi je vous ai lu avec tendresse, sans chercher à polémiquer. Ayant à peine commencé à vous découvrir, je comprends déjà que vous vivez, manifestement, une quête spirituelle très intense. Cela n’est pas donné à beaucoup. De tout mon cœur, je vous souhaite de trouver votre chemin, quel qu’il soit. Cependant, un chrétien vous dira toujours qu’il existe un primat de la vérité chrétienne, le Verbe s’étant incarné :

        « Jésus lui dit : Je suis le chemin et la vérité et la vie. »
        (Jean 14 :6)

        Aussi, je ne peux que vous encourager à vous offrir à Lui. Le reste vous appartient ; il vous suffit de le décrocher, ce fameux téléphone…

        Que Sa volonté soit faite !

        Je vous souris.
        Charlotte

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      2. Bonsoir Charlotte
        Merci pour votre témoignage…
        Cette demeure enferme. Je l’ai vécu aussi. De près. Une fois redécouverte, il est de notre devoir d’ouvrir les portes et les fenetrrs, de ventiler.
        Par une porte dérobée, allons dans la prairie y respirer.
        Dieu ne peut être qu’ en liberté.
        Je ne peux souscrire au primat de la vérité chrétienne…lorsque Jésus dit : « je suis le chemin, la vérité et la vie », je ne peux le comprendre comme cela est souvent intepreté : qui ne me suit pas est dans l’erreur.
        Je trouve cette interprétation totalement déconnectée de ce qui fait la réalité de l’expérience du Christ : celui qui vit ce qu’il vit est la vie même et la verité, cela est le chemin. Les mots qu’il prononcent à cet instant reflètent le constat de son intériorité …. Il ne peut s’agir d’un « je » exclusif. Lorsqu’on lit les évangiles avec la grâce sans être victime des formatages d’esprits territorialisés…
        Interrogeons le « je » de Jésus. Celui ci n’est pas si loin. Pas plus loin que l’abba ne l’est de l’enfant.
        C’est dans la présence à l’instant, à ce qui est, que le téléphone se décroche. Cet instant est neuf et ne saurait s’apesantir des filtres accumulés par les lectures « officielles » qui sont, reconnaissons ensemble, souvent plus à visée politique que spirituelle (cf supra: « je suis la vérité …)
        L’expérience de l’assise est précisément celle de l’abandon…celle là même que vous nommez joliment « s’offrir ».
        Au delà des religions, l’expérience est une. Les termes et les actes de propriété importent peu à mes yeux.
        Méditation, asisse, prières…le mouvement de l’âme est le même : »qu’il croisse et que je diminue ».
        Reste le courage de la nudité : interrogeons le « il »
        Interrogeons le « je » …

        La quête est vierge de mots, vierge de noms.
        Prions, alors, pour que les croûtes de concepts ne soient pas trop denses…

        Bien à vous ( et souriant !)
        F

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      3. Longtemps après, Charlotte, je vous relis.
        C’est votre ‘tendresse’ qui me ‘nourris.’
        Elle est l’espace de circulation de l’Esprit.

        Aimé par 1 personne

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