L’Ailleurs Autre

Qu’est-ce donc qui pourrit entre les gens ?

Qu’il s’agisse de la relation professionnelle, amicale ou romantique, les prémisses du voyage relationnel sont quasiment toujours positives et les premiers kilomètres teintés de bleu pastel.
Laissons passer les semaines, les mois, les années et presque immanquablement, les relations se détériorent.
Il semble que le voyage — qu’il soit professionnel, amical ou amoureux — soit soumis aux lois implacables de la thermodynamique.
Frappés du sceau de l’entropie, les échanges au sein du wagon-lit se délitent et les interactions, à mesure qu’elles suivent l’axe du temps, tendent au chaos.
Les frottements humains créent ainsi des monstres relationnels.

La mère aimante et dévouée, quand elle croise à nouveau sa progéniture qui déchiquette à foison l’antilope et la girafe, ne sait plus y reconnaître les bébés tigres duveteux dont les yeux clignaient à l’agression de la lumière du matin.

Qui ne s’est jamais dit, alors que débute une nouvelle activité professionnelle :
-Ah, enfin, les choses sont différentes. Au moins, je n’ai plus à subir tel ou tel désagrément de mon emploi passé ! ?

Qui, alors que se tisse une nouvelle romance, n’a jamais pensé :
-Ah!, avec elle, avec lui, les choses n’ont rien à voir…il/elle m’apporte tellement plus que ma relation passée ! »?

Une fois que les points noirs affleurent au visage de la relation, il nous semble alors être victime d’un complot du destin :
-Ah! Pourquoi moi, qu’ai-je donc fait ? Voilà que ça recommence !

Ce destin, à nos yeux, s’acharnerait à nous éloigner du bonheur.
En étant honnête sur le regard que l’on portait au début de l’expérience il nous faut avouer que les embryons de mésentente étaient déjà présent et que nous en étions conscients.
A la vitesse de l’éclair, nous avons choisi de ne pas les voir. Poussés par notre espoir que les choses allaient changer, nous occultions ces indices qu’observateurs extérieurs, nous aurions pointés sans difficulté.
A nos oreilles, le vent sauvage de la foi battait si fort que nous n’entendions pas les sons de conflits initiaux.

La préservation de cette foi relève de l’instinct de survie. C’est la même énergie qui souffle dans les voiles des religions : il nous faut, coute que coute, croire en l’ailleurs autre.
Et quand nos vents soufflent dans la même direction que les vents de l’autre, il devient difficile de contrer la tempête.
Aux projections que j’émets s’ajoutent celles de ma conjointe.
Aux espoirs de renouveau qui entourent un changement professionnel, s’emboitent les espoirs de l’entreprise d’avoir enfin embauché le bon profil…

Jusqu’au jour où le vouloir autre ne s’est plus tu. Il a simplement trouvé un support transitoire lui permettant de s’épanouir.
Dès lors que l’autre voulu devient le quotidien réel, il faut changer de support pour ne pas s’éteindre.
Comme la coccinelle grimpe sur le bout de l’index, nous lui présentons le doigt de l’autre main afin de la conserver sur notre peau, quand elle parvient à l’extrémité du doigt, nous la reprenons sur la main initiale. Elle peut marcher ainsi sa vie durant.
C’est sur ce vouloir autre qu’il faut poser notre regard.

A la lumière de la conscience, il révèle son besoin pour l’ailleurs autre, il appelle sans cesse un nouveau support pour poursuivre sa marche.

Quand l’autre-ailleurs, aidé par le temps, devient le même-ici,
le vouloir-autre recherche un autre-ailleurs.

Cependant, il est possible de ruser et de soumettre ce vouloir-autre à l’être-ici.
C’est le processus d’observation : je me vois vouloir ailleurs

De ce télescopage inattendu naît le crépitement de créativité permettant de réaliser que cette force du désir qui pousse au changement provient de la peur du statique et de l’immobilisme propre au non-changement.
Le désir pour masquer la peur de mourir.

En retournant le désir de nouveauté sur lui-même, dans le réel, on crée une boucle improbable.
De ce regard jaillit la vérité selon laquelle les objets de crainte (mort, stagnations diverses …) n’ont pas de réalité.
Voir le renouveau de ce que j’ai, c’est simplement ôter les boues d’immobilisme fainéant. Ni mort, ni stagnations, il n’y a pas de non-changement.
Il n’y a pas d’autre autre à vouloir.
Pas de résignation à l’acceptation puisqu’il n’y a aucune sclérose à accepter.
L‘autre est sans cesse déjà là, que reste-il à vouloir ?

Franck Joseph


©FJ Dec 2018

Poèmes, recueils, articles et romans disponibles en format papier : LIVRES ET RECUEILS

6 commentaires

  1. Bonjour Franck.

    Je réponds : oui.
    Prétexte au cheminement.
    Joie d’Être.
    Basculement : Il est.
    Un chemin linéaire puis un autre qui est vertical, en Lui, nous donnant à Son Regard.
    Expérience de La Création.
    En La Verticale, il n’ y a plus de peur.
    Plus d’illusion.
    Plus de mort.
    Plus d’appropriation.
    C’est vrai !

    Quand à la vie linéaire, tant qu’elle n’est pas en cette observation, elle se répète, car les nœuds en nous y sont toujours.

    Merci pour ce temps de promenade en L’Être.

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Neïla,
      merci pour le relief que vous y ajoutez.
      Il semble qu’ici la valeur se cache dans le nappage.
      Une fois n’est pas coutume.
      Talent vertigineux,
      Verticale nourricière,
      en effet.

      Très bon weekend à vous;

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s