Tunnel Secret et Testament.

Lors de la multiplication des pains, la phrase de Jésus est la même que lors du passage de la cène qui donnera lieu au rituel de l’Eucharistie :
« Il prit le pain, il le rompit  et le donna à ses disciples…. »

Qu’il s’agisse de la multiplication des pains ou de l’eucharistie, Jésus ne dit en profondeur rien de différent, ni même de complémentaire.


Cette similitude linguistique apporte un éclairage complémentaire sur la scène phare de l’Évangile. Elle rapproche l’Eucharistie et la multiplication des pains.
Chacun de ses évènements enseigne alors sur son corollaire.

Il se creuse dans le Nouveau Testament un tunnel secret entre ces deux récits. Par cette répétition, Jésus nous agite la clé devant les yeux et nous invite à l’emprunter.

La multiplication des pains suggère que Dieu se partage de manière inattendue, dans une modalité qui transcende la logique.
Clairement, en transformant trois croutons de pain en milliers de parts, nous passons dans une autre dimension : c’est une invitation à quitter la raison raisonnante pour d’autres territoires de liberté.

Le moins en moins du monde des hommes est le plus en plus du monde de Dieu.

Pour passer du premier mode d’expérience au second, il faut croire en l’abondance irrationnelle. C’est la langue divine.

Avec une foi joyeuse en l’infinitude, il faut vivre l’incomplétude de l’univers mental : Précisément le royaume de la rationalité.

L’acte de partage eucharistique, par le réseau de nos racines syntaxiques, entretient une relation souterraine avec le miracle de la multiplication des pains.
Par la forme mémorielle du rituel de célébration, il nous rappelle que le monde des Hommes n’est pas un système clos. C’est avant tout et au-delà de tout, le monde de Dieu.

Jésus ne dit pas à ses disciples : « Vous ferez cela parce que ça me fait plaisir » ou « vous ferez cela pour vous souvenir de nos moments passés ensemble »…
Il dit : « Vous ferez cela en mémoire de moi »

En d’autres termes, chaque fois que nous, disciples, sommes amenés à rompre le pain, par cette croyance joyeuse qu’il s’agit là d’une porte ouverte sur la grande vie, Dieu s’invite à notre table.

« En mémoire de moi », réactive en nous la présence divine.
Chaque pain qui se rompt en conscience permet le passage dans la vie divine.
A chaque fois, les pains se multiplie et l’abondance rayonne.
Cette abondance à laquelle il est souvent allusion est en réalité un pis-aller : c’est un outil langagier pour inviter au non-limité…il s’en faut souvent de peu pour que l’on y voit présage de richesse matérielle.
« Abondance » signifie sortie du système comptable.

A cet instant de conscience partagée, Dieu s’est réalisé dans notre vie.
Non pas par magie métaphysique ou pour flatter les discours théologiques stériles, ni d’ailleurs pour entretenir l’aridité technique des dogmes….
…mais parce que nous nous souvenons en cet instant de notre unité de nature avec le divin, une unité que les comptes mathématiques ne peuvent ni ne pourront jamais restituer, une unité que les philosophies peineront toujours à embrasser, loin des sciences d’apothicaires, hors d’atteinte des sagesses de l’esprit.

Une unité sans pourquoi, qui se vit en prière, lorsqu’une main sait trouver l’autre main.
Simplement comme le jeune enfant marche aux cotés de son père et glisse naturellement sa main dans la sienne.

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Franck Joseph


©FJ Dec 2018

Poèmes, recueils, articles et romans disponibles en format papier : LIVRES ET RECUEILS

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