Que faut-il dans le Bol de nos Vies ?

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L’enfant que nous étions passait une grande partie de son temps de liberté à vouloir devenir…
Mécanicien, pompier, princesse, ou, dans mon cas, fasciné par la liberté de ces hommes qui sautaient puis regagnaient le camion en marche autant de fois qu’ils le voulaient : éboueur.

Jeune adulte, il compte désormais devenir quelqu’un dans la structure sociale que nous avons rejointe (communauté, entreprise, ou plus largement société). Au sein de cet ensemble nous cherchons, selon la longueur de nos canines et la vigueur de nos coudes, à nous glisser ou à nous hisser.

Le kit du parfait représentant de ce que nous voulions être étant par définition définitivement incomplet (puisque alimenté par le désir, par essence inextinguible), nos velléités de devenir ne s’arrêtent pas à la maison, la voiture ou la place en entreprise…
Nous sommes piégés dans les rouages mêmes des moteurs et des fluides en mouvement.
Moteur du désir et fluides des dynamiques psycho-sociales.

Psycho : faire mieux que mon père, ne pas être ma mère, compenser les carences de l’être par l’avoir…
Sociales : me mettre en quête de ce qui reflète l’image que j’ai/souhaite/projette…Consommation ostentatoire.

Ce périple permanent dans l’après-quand-je-serai peut laisser apparaître furtivement son manuel de l’explorateur à l’œil du pratiquant. Où est-il, d’ailleurs, pendant tout ce temps de refuge dans l’après ?

Il est important de savoir réduire l’écart entre l’objet des fantasmes et la réalité de nos nécessités. Par la pratique méditative, cet écart tend à se réduire.
Tout du moins, la manière que l’on a de se fantasmer et l’énergie dépensée pour se faire, retrouve le lit de son cours et se consacre à éclairer la réalité des nécessités qui font nos vies.

Alors, nous pouvons redécouvrir le plat tout simple de nos vies, celui-là même rendu indigeste par nos habitudes de l’inonder de sauces et d’épices toujours plus complexes…

Avec le temps qui passe et les coussins qui s’usent, ces nécessités tendent à s’apaiser pour se fondre dans ce qui est là où nous sommes.

Bien souvent l’objectif que l’on se fixe n’est pas l’objet que l’on souhaite, ni celui pour lequel on pense qu’il saura nous renvoyer une image d’apaisement recherchée à si grands frais.

Avant la pratique méditative, j’étais celui qui voulait être celui qui …
Par la pratique, je réalise l’inexistence de « celui », il ne reste plus qu’à être,
et la richesse sans fin de l’être.
Que désirer d’autre ?

Et si d’aventure, je deviens celui que je souhaitais être, alors ce ne sera pas la conséquence de cette énergie dépensée à vouloir être ou d’une quelconque stratégie comportementale.
Il est probable que si je deviens cette femme admirée, cet homme d’aura, je ne m’en aperçoive pas,  trop occupé que je serai à être.

 

Franck Joseph


©F.J March 2019

Soutien et Participation 

Lien vers les Recueils en version papier :  RECUEILS

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