Myopie Quotidienne et Voyage Éternel

Le sentiment de vie, comment le libérer ? Quel dispositif mettre en place pour qu’il en aille de sa libre expression ?
Aucun.
Cheval sauvage, il ne se siffle pas. Il arrive que je le chevauche sans pour autant pouvoir identifier un quelconque subterfuge de dressage.

Néanmoins, l’expérience m’enseigne qu’il est beaucoup plus probable qu’il me surprenne lorsque je traverse les Prairies de Voyages. Les Herbes Hautes de l’Inconnu semblent avoir ses faveurs. Aussi, nous nous y retrouvons.

L’association vie/voyage est puissante.
Seulement voilà, les choses étant ce qu’elles sont, il m’est impossible de transformer mon quotidien en guillerettes chevauchées transcontinentales.
C’est alors l’occasion de constater que le voyage, en soi, n’est rien d’autre qu’une allégorie de la vie au sein de laquelle il s’inclut. Alors, voyager revient à déguster le gâteau en y trouvant; ça et là, la recette enroulée, au détour d’un bouchée savoureuse.

Voyager revient avant tout à ne pas être en terrain familier ou en proie aux exigences habituelles, ou piégé dans les habitudes gluantes du quotidien professionnel.
La vertu du voyage est de nous rappeler la recette. La vie est en elle-même un voyage. Voici un lieu commun hautement éculé. Et pourtant.

Répétons-le encore : la vie n’est jamais rien d’autre que toujours neuve. C’est une implacable vérité à laquelle, par l’érosion factice des angles qu’opère le quotidien, je deviens myope. Voyager revient à mettre les lunettes qui nous pendaient au cou.

Le paysage n’a pas changé, mais la lecture que je peux en avoir est plus fidèle à la réalité.
Le voyage est le sens de la vie. Il n’est de vie que voyagée. Aucun être humain, en réalité ne saurait faire de sa vie autre chose qu’un voyage.
S’il ne sait s’en apercevoir, tout embourbé qu’il croit être dans des schémas cycliquement infernaux, cela ne change rien à cette vérité.

Permettez que je prenne un exemple, disponible tout de suite et ne nécessitant pas que j’inflige à mes neurones fatigués une trop forte pression : moi, ici, tapant un texte devant l’ordinateur…
Ces temps-ci, il n’est absolument rien qui pourrait être aussi répétitif que cette scène.
Il s’agit d’ailleurs de la réflexion que je me suis faîte ce matin en m’y asseyant…cela devient vraiment une partie importante de mon quotidien, une habitude…écrire, taper, relire, poster,….
Pourtant, le souffle qui m’habite alors que j’aligne ces mots du bout de mes doigts, même s’il me rappelle les milliers d’autres souffles portant les articles précédents, n’existe qu’en cette fin de matinée. Aucun autre de ces souffles n’aurait porté devant mes yeux les mots que j’aligne en cet instant.
Il arrive qu’un lecteur distant fasse allusion à une certaine répétitivité du propos au travers des articles. Ce n’est là que le résultat d’une fainéantise de l’observateur.
En cela la pensée  que l’on dit ‘indienne’, est beaucoup plus pénétrante que ne l’est notre linéarité soit disant novatrice.
La pensée indienne, pour laquelle je trouve un reflet dans l’agencement des Yoga Sutras de Patanjali, par exemple revient sans cesse sur les thématiques abordées, et mâchonne les arguments que l’on croit déjà prononcés…
Seul l’homme moderne y voit une faiblesse intellectuelle. En réalité, cette approche met en valeur les deux cotés de l’axe de communication. Même si les arguments sont répétés dans une syntaxe et par le biais de vocables identiques (ce qui est rarement le cas dans l’absolu), ils s’adressent à une oreille toujours neuve. La multiplication des angles de confrontation au cœur du message permet de féconder celui qui croit entendre la même chose de manière toujours plus profonde.

Revenons à la vie face à laquelle, nous avons souvent cette même faiblesse de croire qu’elle nous enferme sans des schémas répétitifs. Reprenons la question :
Comment le sentiment de vie peut-il être expérimenté sans voyage ?
Comment importer dans ma vie le voyage, retrouver la recette ?
Comment se positionner pour que cette vie ne se passe pas de manière transparente, car, en proie aux habitudes poisseuses, c’est bien cela qui se produit…?

Comment importer cette composante d’essence, cette surprise permanente ?
Comment dilater le temps tel que cela se produit lors des voyages, afin de ne plus rien attendre, si ce n’est l’inattendu ?

Version audio disponible ici

Franck Joseph

©FJ March 2019
Soutien et Participation

Poèmes, recueils, articles et romans disponibles en format papier : LIVRES ET RECUEILS

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