Biais de communication des réseaux sociaux

Je suis contre, donc je Suis

Et si les réseaux sociaux étaient plus proches d’une logique totalitaire que des idéaux démocratiques dont ils se parent ?

Au détour de certains usages remarqués aussi bien dans mon entourage que chez moi, telle est la question que je me pose.

Fondamentalement, les possibilités de communication qu’ils ouvrent sont potentiellement un outil d’élévation et de partage sans pareil.
Cette perspective est pourtant sérieusement assombrie dès lors que l’on vient y insérer la réalité commerciale de ces réseaux.

En effet, l’annonceur (leur client réel) souhaite le trafic. C’est donc bien à un impératif de quantité qu’ils sont soumis. A l’aune de l’expérience que je peux avoir de ces réseaux, il semble que cet axe quantitatif ne peut aller de pair avec une approche qualitative (vertueuse).

L’algorithme, toujours lui, flatte nécessairement les bas instincts des masses et les fonds de cuves psychologiques des individus. Il leur présente les matériaux enclins à une réaction émotionnelle, celle-ci leur assurant un niveau de trafic bien supérieur à ce que pourrait engendrer un contenu pertinent, non coloré par les molécules s’accrochant aisément aux récepteurs des cellules d’identification.

La nécessité crasse d’être spontanément, viscéralement pour ou contre : voilà le vrai besoin que le réseau social vient satisfaire…
L’appartenance au groupe par les logiques d’opposition.

Tous ensemble, nous sommes contre.
Tous ensemble nous sommes,
je suis contre, donc je suis.

Être pour (identification positive) ne relève pas d’un fonctionnement différent puisque derrière l’affirmation favorable, il y a toujours le binaire en embuscade, et le corollaire défavorable.
La subtilité peine à s’insérer dans ces logiques à la grossièreté croissante.
Celle-ci enduit de sa vase toujours plus épaisse la rhétorique, les raisonnements, les interactions entre les membres liés par un même sujet, et les vocables dont ils usent.

Au-delà de ces avilissements de la pensée, un autre travers des réseaux sociaux, dans leurs formes actuelles et sans tenir compte, par ignorance à ce jour, des alternatives aux modèles dominants de facebook/ twitter…est la contrainte à la parole publique.

Bien que le message privé reste une option, ce n’est clairement pas la modalité de ces plateformes au sein desquelles le rapport s’effectue de l’individu vers la collectivité.
Ils contraignent à la parole publique. Progressivement, la nuance disparaît puisque nous sommes dans l’obligation de parler à tout le monde.

L’art de sélectionner ses interlocuteurs et de faire coïncider leurs capacités de compréhension avec un propos adapté n’est plus.
La place est à l’injonction de s’adresser à tous, tout le temps.
Pire, tous ont la possibilité d’intervenir partout, tout le temps.
Pour le meilleur, et pour le pire.

Nous connaissions les plateaux TV où l‘horizontalité est la règle, avec toutes les situations saugrenues et les audiences juteuses auxquelles cela donne lieu…
….nous vivons aujourd’hui l’étape suivante : celle des réseaux sociaux. C’est la même chose, mais des deux côtés de l’écran.

Franck Joseph

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©FJ March 2019

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