Ceux qui tirent les Ficelles

Derrière l’adhésion aux thèses complotistes, il y a l’envie d’être celui qui détient les codes de lecture du réel.
Ces codes étant généralement simplistes, ils se partagent facilement.
Lorsque la grille de lecture semble pertinente à l’adhérent complotiste, il aborde le monde en se la plaquant devant les yeux et c’est au travers de ces grillages qu’il lui semble être parvenu à quadriller son environnement.
Alors selon la grille, il verra francs-maçons, sionistes, extraterrestres, reptiliens… à chaque coin de rue. Le recours aux thèses du complot permet de trouver un certain équilibre en justifiant une situation de frustration (« c’est pas étonnant…encore un coup de…. »)

En surcouche à ce bricolage psychologique, il existe également une épaisseur sociale : apparaître comme celui qui détient des codes est alors un moyen de se démarquer…sans se démarquer (car cet acteur reste membre de la société des soumis grâce à la logique victimaire).
Dans l’approche complotiste il y a une façon de se satisfaire de soi-même qui mène immanquablement à un renforcement identitaire par opposition à l’ennemi esclavagiste.

De manière contradictoire, l’objet du complot, celui-là même dont il souhaite la disparition, devient la raison d’être du complotiste. Étonnamment pour son équilibre psychique, il ne peut plus faire sans celui qui, selon lui, veut le soumettre.
Par son adhésion à ce type de thèse, il tisse un lien de dépendance envers la personne même dont il prétend vouloir s’affranchir.
D’où la nécessité subconsciente de le voir à l’œuvre derrière tous les phénomènes socio-politico-économique, ou les formes que prend sa vie au quotidien (mon patron, un franc-maçon ? Le banquier, un reptilien ?)
Il est le carburant de la continuité de son être.

Parce qu’il clame le complot, il peut alors le voir partout et justifier du non partage de cette croyance avec l’ensemble de la société (ceux qui « ne savent pas »).
Le complotisme est un processus de valorisation pernicieux. En effet, le but étant d’apporter la lumière à une majorité sous le joug, les complotistes comportent en leur sein les raisons de leur pérennité.

Différents schémas s’articulent alors :

I-Je vois la vérité :
a) J’en parle
1) On me croit
Donc j’ai raison
2) On ne me croit pas
Donc j’ai raison

b) Je n’en parle pas
Donc j’ai raison (pas de contradicteur)

II- J’agis
a)  Avec succès
Donc j’avais raison
b)  Sans succès
Donc j’avais raison

III Je n’agis pas
Donc sans succès – donc j’avais raison.

Au cœur de ces différents biais cognitifs, se trouve la raison pour laquelle il est si difficile de s’entretenir avec des représentants de ces diverses thèses et de progresser dans la discussion en partageant un minimum de cohérence.

Succès et échec valorisent de la même manière. Il n’est aucun moment dans ces dédales où le tenant de ces thèses ne peut se voir remettre en question sa grille de lecture initiale.

Voilà une propriété rare pour une famille idéologique, car quel que soit son schéma de confrontation au réel, elle en ressort renforcée.
L’adhésion aux thèses du complot est une stratégie de valorisation. Elle vise alors à compenser un déficit d’affection ou de reconnaissante aux yeux des autres et de soi-même. Elle révèle un manque d’attention. La démarche est d’être contre.

Un argument puissant et déstabilisateur consiste à abonder dans son sens, en tenant un propos du type :
« Eh bien oui, tu as peut-être raison, mais quand bien même le monde serait aux mains de ces gens, qu’est-ce que cela changerait ?
S’opposer n’est pas une fin en soi.
La prise de conscience est possible puisque l’individu est directement confronté au fait que cette logique d’opposition est ce qu’il cherche en réalité. Nous mettons fin au conflit et cessons ainsi d’alimenter les foyers de ces théories.
Remarquons ici qu’une société où tous adhèreraient à leur théorie du complot n’est absolument pas une situation souhaitée par les personnes s’en revendiquant. En effet, cela annihilerait leur prévalence en tant que détenteur de l’information clé.

Ce type d’approche (adhésion de surface) peut contribuer à crever la bulle de distanciation que le complotiste laisse croître entre sa vision d’un monde élargie et l’expérience directe qu’il peut avoir de la réalité.
Remarquons enfin le parallèle entre la logique de mise à distance propre aux théories du complot et les architectures conceptuelles de l’éloignement propres à certains mouvements religieux.
Après la fin du monde,
Après la manifestation de…
Après, au paradis,
Après, dans une autre vie…

Franck Joseph

©FJ May 2019

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