Nudité à ne pas Manquer (Émotion Crue)

La pensée n’existe pas en tant que telle. Ce qui la rend tangible et lui confère des propriétés animales, c’est l’émotion qui la sous-tend et la traverse ou la déchire.

Cette émotion est plus ou moins diffuse, plus ou moins prégnante, plus ou moins violente.
Sans ce support émotionnel, la pensée s’évapore.
L’émotion la leste et la densifie. Cette séparation d’ailleurs est strictement fictive et ne sert qu’un intérêt de représentation. En réalité, il s’agit d’un bloc cognitivo- émotionnel (cf. CCE) dont la pensée serait le vêtement et l’émotion le corps qui lui donne forme.
Sans elle, c’est un simple bout de tissu informe.

En revanche, en ôtant le vêtement, en traitant l’émotion pure, il est possible de désamorcer l’animalité au cœur de ces processus. Car c’est bien un attribut d’animalité qui donne aux pensées leur pouvoir obsédant, leurs apparitions inattendues, et créer tout ce chamboulement intérieur.
Beaucoup de textes dans la tradition bouddhiste recommandent l’observation seule de cet aspect émotionnel.

Il nous faut alors dénuder l’émotion et l’observer dans son plus simple appareil.
Au niveau charnel, que fait-elle ? comment évolue-t-elle en nous ?

Le piège, ici, est de commencer à élaborer un discours tel un commentateur sportif retranscrit les déplacements des joueurs. Cette approche n’est pas recommandée car elle ajoute un sens a posteriori et reconstruit du langage il s’agit d’une façon de refuser la nudité de l’émotion et d’un réflexe pudique.

L’émotion s’apprécie crue : inutile de censurer ou d’assaisonner quoi que ce soit de ce matériel émotionnel. Une grande vigilance requise car, pour un profil de verbeux intérieur, les mots coulent avant même que le robinet n’ait été tourné. Ce sont des configurations propres aux timides, aux littéraires, à ceux dont la vie intérieure est riche.

C’est pourtant sur un autre plan qu’il faut passer alors qu’on tient sous nos yeux l’émotion brute (et brutale). Il est fort probable que notre énergie passe dans le détricotage du discours qui persiste à reconstruire, comme un tisserand ne supportant pas la nudité de son sujet. Ceci n’est pas recommandé car, de fil en aiguille, nous nous retrouvons vêtus d’une histoire à trois couches de discours et l’émotion, fluide, volatile, aura alors pris des formes plus acceptables, plus douces et ne se fera plus directement entendre.
Ce sera une occasion manquer d’observer la nudité.

Article en lien : https://mindfulair.wordpress.com/2018/08/06/les-biches-et-le-clairon/

Franck Joseph

©FJ May 2019

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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