Après le Concert …

Bien sûr, ces mots ne servent rien.
Posés sur le papier, abandonnés dans le noir, lorsque la salle est vide, les musiciens partis, ils attendent au sol que le jour, à nouveau, se fasse.

Avec l’amusement honnête, les spectateurs absorbés par le rythme et les ondulations de l’artiste, les ont immanquablement laissés se faire piétiner.

Recouverts des millions de poussières de semelles en cadence, ils se fondent dans la couleur terre des restes de fêtes.
Il est naturel que toi, dont la tête opine au gré des sons et de l’air du temps, n’y voies que confettis vieillissants.

Inutile à présent que je te les lise doucement, tu n’y entendrais que ritournelles inutiles et chants inaptes à te faire danser.

A l’écoute de ces mots, en effet, nul jeu de lumière colorées sur les rampes de métal, nul attroupement fébrile aux pieds d’un nouvel orateur.


Ces mots attendent que par mégarde ou mésusage, tu pénètres à contretemps la salle de spectacle….Peut-être pour y chercher un sac que tu aurais perdu, ou te trompant d’horaire pour le prochain concert, ou encore, piquée de curiosité quant à l’ambiance d’une salle de spectacle sans spectacle, comme une église vide ou un cimetière de nuit.

Tu y entrerais sans attente et, la poésie du lieu te sauterait au visage. Elle emplirait ton souffle avec une telle ferveur qu’une discrète inquiétude s’emparerait de toi.

Poursuites, projecteurs, loges, scène et salle : tout y serait éteint.
Mue par une confiance enfantine tu y marcherais doucement, un délicat sourire adressé à nul autre que toi éclairerait alors ton visage d’une expression nouvelle, que tu reconnaîtrais.

De la fenêtre opacifiée par un verre non poli, une rayon de lumière un rayon de poussière te guiderait jusqu’au papier élimé qui repose sur le sol.

Doucement, en pesant chaque pas,
en respirant ton corps par la plante de pieds,
Tu avancerais vers le support de papier.
A cet instant, tu ne saurais affirmer qui de la fenêtre ou de la feuille émet ce rayon de lumière poussiéreuse, transparente.
Parvenue aux abords de la source, spontanément tu y laisserais tes mains se joindre et posant tes genoux, puis ton front contre le sol.
Assise, enfin dans la plus parfaite des postures, dans le bol de tes paumes, tu pourrais, sans les lire vraiment, reconnaître, recueillir en ton sein,
mes mots.

Franck Joseph


©FJ August 2019

Poèmes, recueils, articles et romans disponibles en format papier : LIVRES ET RECUEILS

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