La Reine des Opinions

Derrière chaque opinion, il y a l’union factice des voix divergentes en nous.
Pour les besoins de la cause (expressive, communicationnelle, psychologique, sociale…, toutes à la fois), nous proclamons la victoire de l’une des vues qui, sous la casquette de l’opinion, de l’avis, devient ispo facto dominante.


La production de l’opinion simule la capitulation des voix opposées ou non similaires.

En réalité, il n’en est rien : l’espace d’un instant, pour satisfaire la fluidité des processus en cours (encore une fois: psychologique…), ces « alternatives positionnelles », que sont les opinions non-élues par la perspective du contexte, sont reléguées dans l’arrière salle, mais ne se taisent pas pour autant.
Elles fomentent en secret leur retour et planifient déjà l’insubordination au caporal opportuniste qui s’est glissé devant elles toutes.

Il est nécessaire de rendre à l’opinion ce qui est à César.
Ainsi, la considérer pour ce qu’elle est : une expression conjoncturelle sans tomber dans le piège des identifications qu’elle nous tend.
Ne pas se mettre à croire à l’élection de l’unique vrai en nous, mais accorder un mandat très transitoire à cette opinion  dans une optique de fonctionnalité.


Ainsi, nous pouvons nous mettre à l’écoute du concert des alternatives, et voir pour chacune d’elles d’où vient ce besoin d’exister. Alors, nous serons beaucoup plus à même de désamorcer les mécanismes menant aux frustrations, reconnaître que derrière un discours (donc toujours “de façade »), nous sommes porteurs d’une équation complexe.

De là, voir que dans un réflexe de déni, nous simplifions à la hâte pour un résultat approximatif que l’on présente comme notre position, notre avis.
A force de feindre d’y croire et de voir les autres simuler l’adhésion (ou au contraire de la valider par opposition), nous finissons par appeler ce résultat « nous-mêmes », « ce que je pense ».

Pourrait-on être moins grossiers ?
Ce travail, ludique et exigeant est enfin une invitation à pénétrer une modalité d’existence où les opinions cessent de structurer l’approche du réel. Elles crépitent et s’entrechoquent mais leurs tiraillements n’ont plus prise.

L’être au sein duquel elles poursuivent leur danse s’est élargi.
Il n’est plus oppressé par leurs jeux de territoires. Il voit en l’opinion l’enfant qui, lors de la galette des rois se saisit de la couronne à laquelle il pense que la fève lui donne droit, et se prend vraiment pour le roi.

Franck Joseph

©FJ June 2019
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s