Le Puissant Lobby des Renards sans Queue

L’intention — louable, par ailleurs — de dénoncer le travers de cérébralité est souvent le fait de celui pour lequel cet usage cognitif nécessite un effort depuis son fief de labeur.
Il ne peut envisager qu’une autre personne puisse jouir des qualités de raisonnement et des expériences de pensées sans en suer pour autant sang et eau.

Et inversement : celui qui déploie avec brio et peu de contraintes les arabesques flamboyantes de pensées, peine pour sa part à envisager qu’un autre, plus rustre, s’y embourbe et se frustre et finit par condamner l’ensemble de ces processus et celui qui les entretient.

Il est peu agréable pour l’homme d’aisance de devoir expliquer ce qui pour lui relève de l’évidence, à savoir, la possibilité d’user de ses neurones et de leurs chemins modulables comme la main du musicien joue de la harpe, ou comme l’ami raconte une blague, ou, enfin, comme un boulanger pétrit le pain…. parce que c’est ce qu’il peut faire/sait faire, sans pour autant y accorder le moindre attachement réel.
Il a visité les mondes
supra/infra langagiers et connaît l’artificialité des recours au cérébral. Il ne s’interdit pas pour autant ce mode de fonctionnement, mais ne l’investit pas des mêmes potentialités que ne pourrait le faire un homologue moins familier des plateformes alternatives. 

La conscience est inclusive. C’est une de ses propriétés fondamentales.
Toute démarche exclusive s’éloigne de l’essence.

Il est nécessaire  de placer des garde-fous autour des accusations de cérébralité, de laisser la place à la possibilité d’un usage fonctionnel, non investi.
Il serait en effet très limitant de faire l’économie des facilités de raisonnement et des apports de la pensée au seul titre d’une éradication totalitaire de la cérébralité, le plus souvent décrétée par le renard sans queue (qui souhaiterait que l’ensemble des renards soient dépourvus dudit appendice caudal).

Le fameux : “Tu es trop cérébral” revient à faire au boulanger un procès en boulangerie…Il faudrait alors un monde sans pain pour réaliser l’apport de la main boulangère.

Il arrive que cette injonction à quitter la sphère cérébrale, soit largement justifiée. Je note pourtant qu’elle est le plus souvent totalement crétine, et que les invitations à “laisser tomber le mental” sont mises en avant par le puissant lobby des renards sans queue, (des jongleurs manchots).

Faut-il pour autant que les artistes de rue se refusent à l’amusement des jongleries à cinq balles sous l’effet d’une telle pression ?

Les uniballistes n’ont pas le choix, les manchots non plus : ils n’ont qu’une seule méthode de jonglage. Les artistes de rue peuvent jongler à cinq balles ou à une balle. Et lorsque tous s’accordent sur la réalisation que le jonglage n’est pas la vie (c’est à dire que la modalité cérébrale en tant qu’unique outil ne peut constituer l’alpha et l’oméga d’une expérience profonde), ne pourrait-on pas concéder un avantage à ces derniers qui sautent du bateau sur lequel ils se trouvent pour rejoindre l’océan, quand les uniballistes et les manchots tournent dans leur marais poisseux pensant que les bateaux qui passent au loin leur feraient des embarcations bien inutiles.

Article en lien : Mille Sabords

Franck Joseph –
©FJ Nov 2019  — All rights reserved.
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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