Etre-Multiple, Souche et Racinaire.

Vraiment, comment de pas se perdre dans notre Être multiple, protéiforme et dont les ramifications s’entrechoquent souvent de manière désarmante ?

C’est pourtant bien dans ses feuillages touffus que nous nous agitons ou que nous nous prélassons, c’est selon… mais c’est pareil.

Résidents de la canopée, nous nous fions avec toute notre bonne foi fainéante à son apparente opacité, et nous tournons, et tournons encore. De gauche à droite l’on s’agite. Nous cherchons le camouflage, en prétextant l’originalité. Et finalement, nous ne faisons aucune rencontre, tous occupés que nous sommes à nous cacher ou à être différents, c’est selon… mais c’est pareil.

Et nous usons nos articulations primitives à parcourir la séduisante canopée, à admirer ses horizons humides et fumeux, à s’essouffler pour les rejoindre, sans jamais pouvoir les toucher.

Par définition, on ne touche pas l’horizon. Il arrive que par hasard ou par grâce, l’un d’entre nous trébuche, se fasse trébucher ou se laisse trébucher…et ne tombe quelques branchages plus bas.
Cela n’a l’air de rien et, si l’on n’y prêtait attention, pourrait passer pour une chute de chimpanzé énervé lors d’un jeu entre congénères. Mais ici la chute est heureuse et ces quelques centimètres de dénivelés suffisent à passer la tête sous les épais branchages. Ils sont étrangement beaux vus d’en dessous. Ce serait presque apaisant.

C’est l’Être souche, que nous sommes et d’où nous observons notre ridicule. C’est par lui que l’angoisse devient  sourire. D’en dessous, nous réalisons la fébrilité de notre fourvoiement passé, et le potentiel de notre essence. Cette essence ne vient pas d’apparaître, mais s’est toujours trouvée sous nos pieds recroquevillés, dans l’attente que nous en prenions conscience. Elle nous montre tout ce que l’on peut être, faire, et l’endroit dont elle nous parle ne connaît que la confiance, le possible et l’élan de l’ouverture.

De ma souche je vois la tienne. De mon essence, je sens la tienne, d’autant mieux. Lorsque notre regard tranquille se porte vers le haut, tous les deux nous savons. Alors sûrs de cette commune méprise, ensemble nous contemplons la forêt de souches, dans une profondeur de champs infinie.

Des troncs…certains sont habités. D’autres attendent et rayonnent patiemment. Et lorsque nos regards se croisent, nous osons à peine reconnaître que nous partageons la même pensée. Mais de là où nous nous trouvons, il ne reste plus rien à craindre. Ne pas avoir peur est aussi une habitude à prendre.

Alors nos yeux se portent vers le bas et d’autres ramifications apparaissent. Celle de l’Être Racinaire, qui relie nos deux souches par de communes tresses de lumière.

 

Franck Joseph

 


©FJ aug 2015

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