Tragiquement Burlesque

                                              A parler de vies antérieures et de vies ultérieures, ne tombe-t-on pas dans le travers qui consiste à s’amputer de la possibilité de lire le temps autrement que dans une morne– et si peu créative!–linéarité?

C’est une convention collective, une lecture pré-mâchée de nos expériences qui implante cette compréhension du temps qui coule, du passé vers le futur.
Le Langage, au fond de la pièce sourit, conscient de sa lourde culpabilité. Il tentera de l’alléger en se faisant passer pour un simple reflet de nos structures mentales, nous renvoyant dans le débat sans fin de la poule et noyant le poisson dans l’œuf.

A-t-on seulement pensé à ce que cela signifierait d’avoir peut-être déjà vécu nos vies ultérieures? et de n’avoir pas encore habité nos vies antérieures?

Ou encore: peut-être avons-nous déjà vécu toutes nos vies?
Et cette prise de conscience depuis l’intérieur de l’une de ces vies (que nous appelons ‘maintenant’), est le révélateur qu’en réalité nous sommes hors du jeu des vies successives depuis toujours.
Peut-être ne les vivons-nous jamais vraiment?

Si toutes ces manifestations n’étaient pas successives, ni simultanées, mais instantanées…comme le scénario d’un rêve complexe et alambiqué qui semble nous avoir occupé la nuit durant, alors que, impressions scientifiques à l’appui, il s’est produit en quelques secondes?

La conception du temps n’existe pas en dehors de la perception du temps. Si cette dernière est erronée, il ne peut être appréhendé sans faille gigantesque, béante, ridicule, dramatique et grotesque.

C’est l’habitude de l’illusion fainéante qui nous y cantonne et nous nous refusons inconsciemment à embrasser toutes ces vies d’un coup, comme un être unique et multiple.

Les bobines des fils qui nous animent sont si éloignées que nous  nous surprenons à penser–et c’est l’arrogance de la bêtise ignorante– que nous décidons de nos propres actions.
Mais les forces en mouvement sont si ancestrales et la tectonique des plaques de nos vies est si profonde que nous gesticulons pour rien.
Marcher dans le couloir central d’un avion en plein vol est peu susceptible de nous ramener à notre point d’envol.

Il est tout aussi myope de penser que l’on n’y peut rien et de souscrire au déterminisme karmique forcené. Il est aussi mathématiquement faux de dire que dans l’exemple mentionné ci-dessus, nous ne nous rapprochons pas de chez nous.

Il n’est pas d’action qui ne soit conditionnée.
Il n’est pas d’action qui ne soit un choix.

Toute puissance des soubresauts.
Potentialité infinie.
Plasticité des déterminismes.
Rien n’est écrit.
Tout s’écrit.

Nous sommes les personnages d’un roman fleuve, d’une saga océan, qui jamais ne s’achèvera. L’encre ne peut sécher tant les pages sont fluides; à peine la plume a-t-elle touché la feuille, que déjà le vent l’emporte et celle-ci disparaît dans les bibliothèques infinies, éternelles et éphémères.

Le changement de perspective est infiniment drôle si, l’espace d’une seconde, nous considérons ce qui dans cette manifestation occupe notre dimension mentale.
C’est tragiquement burlesque:
Le ridicule de nos préoccupations, l’impact émotionnel de nos gesticulations….
La manière dont notre mental aspire notre conscience, la laissant ignorante d’elle même.
Etre et être privé d’être.
Par soi même, par habitude,
Sans motif
Autre que de permettre à la conscience de devenir consciente,
De créer la conscience,
Au sein même de nos substrats obscurs
Et d’éclairer soi-même la nuit inutile.

NiDr

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